Analyse des sociétés européennes

Entretien avec Franz-Peter Basten : Immigration et application des accords de Schengen, un point de vue allemand

Rappelant que l'Allemagne a accueilli plus de 340 000 réfugiés de guerre bosniaques sur son territoire, Franz-Peter Basten, qui est député chrétien-démocrate (CDU) au Bundestag, conteste une quelconque xénophobie allemande. Il milite notamment pour qu'un double code de nationalité soit autorisé pour les jeunes Turcs nés en Allemagne qui ne peuvent pas devenir allemands à cause du droit du sang en vigueur.
Concernant la communautarisation du droit d'asile et d'immigration prévue par le traité d'Amsterdam, il prône une harmonisation préliminaire des législations des autres États membres sur le modèle allemand, beaucoup plus généreux, avant que son pays n'abandonne le principe du vote à l'unanimité sur ces questions.

Libre circulation des personnes et immigration : Comment concilier la libre circulation des personnes et la maîtrise des flux migratoires ?

La libre circulation des personnes compte parmi les libertés essentielles du marché unique. Mais avec le développement des flux migratoires s'est rapidement posé le problème du contrôle des frontières extérieures de l'Union. Les accords de Schengen, puis le traité de Maastricht et, enfin, le traité d'Amsterdam ont permis peu à peu d'intégrer les actions communes en matière de justice et d'affaires intérieures dans un cadre communautaire. En matière d'immigration, toutefois, la communautarisation est si difficile à mettre en œuvre qu'un retour au troisième pilier de Maastricht est prévu.

Réformer l'État : Les nouveaux soldats de la paix

À partir de son expérience en Bosnie, où il fut envoyé en mars 1994 à la tête d'une équipe d'experts en "affaires civiles", Xavier Guilhou, aujourd'hui directeur de la sûreté du Groupe Schneider, constate certaines déficiences françaises dans la mise en œuvre d'une stratégie de sortie de crise adaptée au contexte des Balkans, et propose d’en tirer quelques leçons. Contrairement aux "CIMIC" américains (Civilian-Military Cooperation) ou aux "Civil Affairs" britanniques, la France ne parvient pas à gérer — politiquement — les retombées qu'elle serait en droit d'attendre de ses interventions sur le terrain.

Entretien avec Jean Picq : La réforme de l'État et l'Europe sont liées

Secrétaire général de la Défense nationale (SGDN) de juillet 1995 à décembre 1996, auteur d'un ouvrage intitulé Il faut aimer l'État ainsi que d'un rapport remarqué sur la réforme de l'État, Jean Picq, aujourd'hui conseiller-maître à la Cour des comptes, estime qu'une telle réforme ne peut pas être dissociée de la définition d'une stratégie européenne. Empêtré dans sa tradition centralisatrice, l'État français doit apprendre à mieux transférer ses compétences, vers le haut comme vers le bas : c'est vrai des ministres, comme des parlementaires qui ne devraient pas être acculés au "tout ou rien" au moment de la ratification des traités européens, ou de la haute administration.

Institutions européennes : Quelle politique étrangère pour l'Europe du XXIe siècle ?

Contrairement aux pères fondateurs des États-Unis d'Amérique, les pères fondateurs de l'Europe ont eu à cœur —dès l'origine — d'affirmer sa présence sur la scène internationale. Aussi, si l’on dresse une analogie avec l'histoire de la politique étrangère américaine du siècle dernier, d'abord empreinte d'isolationnisme, puis d'interventionnisme et enfin d'impérialisme, on peut supposer que l'Union européenne ne s'arrêtera pas en chemin et agira de plus en plus comme un bloc vis-à-vis du monde extérieur. À moins que ses dirigeants n'acceptent sciemment l'impuissance et la désintégration, l'Europe est donc condamnée à devenir de plus en plus active sur la scène.

Institutions européennes : Quel bilan pour le traité d'Amsterdam ?

Le traité d'Amsterdam, qui devrait être ratifié par l'ensemble des États membres de l'Union européenne d'ici à la fin de l'année, a laissé une impression mitigée. Même si l'on constate des avancées significatives dans des domaines comme la justice et la sécurité intérieure ou la lutte contre le chômage, de nombreuses lacunes demeurent, concernant la réforme des institutions, qui était, pourtant, le but que s'étaient fixé les Quinze en se lançant dans la négociation d'un nouveau traité. S'il y a une leçon à retenir, c'est que le recours à une conférence intergouvernementale (CIG) pour réformer l'Union, et la préparer aux prochains élargissements, n’est pas le bon choix.

Entretien avec Jacob Söderman : Towards a more open, social and human administration in Europe

Finlandais d'origine et juriste de formation, Jacob Söderman est devenu en 1995 le premier médiateur européen nommé à Strasbourg par le Parlement européen. Sa mission consiste à recevoir les plaintes — en constante augmentation depuis trois ans — et à résoudre les conflits qui s’y rapportent entre les citoyens et les différentes institutions et organes européens. Victime de son propre succès, le médiateur a eu à cœur de réduire au maximum les délais pour les plaintes relevant de sa compétence tout en identifiant l'instance appropriée pour celles concernant les États membres. Parmi les réformes qu'il juge le plus nécessaires figurent la transparence, notamment certaines réunions du Conseil et de la Commission qu'il voudrait rendre publiques, et le libre accès aux documents officiels.

Citoyens d'Europe : La jeunesse allemande et l'Europe

Les jeunes Allemands, dans leur grande majorité, sont pro-européens. Mais cette opinion n’est pas véritablement le fruit d’un choix délibéré, ni celui d’une prise de conscience des enjeux européens : elle "va de soi" par rapport à leur style de vie actuel. Aussi, lorsqu’on les interroge — par exemple — sur les liens qui existent entre l’emploi et la réalisation du grand marché, ils semblent beaucoup plus réservés.

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