Quelle coopération entre l’Allemagne et la France en matière de politique industrielle ?

 
Le 4 février prochain aura lieu le 12e conseil des ministres franco-allemand. Très attendu il y a quelques mois, il l’est moins aujourd’hui. Après les grandes déclarations d’intention de 2009 sur la relance du couple moteur de l’Union, l’heure est plutôt à la discrétion. Ce revirement est symptomatique de la relation entre les deux pays : pavée de bonnes intentions et de larges incompréhensions, en particulier en matière industrielle. Dans ces conditions, quelle ambition porter dans les mois à venir pour un programme industriel franco-allemand?
 
Tous les pays d’Europe veulent que Français et Allemands s’entendent. Il en va aussi de leur propre intérêt. L’entente franco-allemande n’est certes pas suffisante mais elle est nécessaire.
En matière industrielle comme ailleurs, il nous faut donc accorder nos différences ou apprendre à vivre avec. Et pour commencer, plutôt que de les nier, (re-)connaissons les.
 
Reconnaissons tout d’abord que la structure même de l’Etat, son poids, ses réseaux d’action et son influence sur l’économie sont très différents d’un pays à l’autre. Rappelons ensuite que nos historiques économiques, notamment en matière d’endettement et d’inflation, sont également plurielles. De là, toute idée d’un renforcement de la gouvernance économique ne peut qu’être diversement appréciée en France et en Allemagne. Pour Berlin, l’exécutif est une compétence nationale. C’est la garantie d’une juste application des réglementations, fussent-elles décidées à Bruxelles. A Paris en revanche, on considère que l’existence même de l’euro exige une réelle coordination des politiques économiques nationales et communautaires, ne serait-ce que pour faire face plus efficacement aux risques de fluctuation face aux autres monnaies.
 
Français et Allemands peuvent également avoir des lectures différentes de la façon dont l’Europe doit avancer. La France, parfois frustrée par ce qu’elle perçoit comme de l’immobilisme, est prête à construire des initiatives réservées à quelques pays, alors que l’Allemagne milite pour des avancées peut-être plus mesurées mais immédiatement ouvertes à tous, y voyant un gage de réussite à long terme.
 
Il faut enfin dénoncer en matière industrielle aussi le « poison du juste retour », selon lequel les partenaires devraient tirer un profit parfaitement équilibré de chaque projet mis oeuvre. L’équilibre des bénéfices d’une politique industrielle commune ne peut se concevoir que dans la durée.
 
Dès lors, quels objectifs fixer à un programme industriel bilatéral d’ici 2020 ?
 
Après la déception de Copenhague, l’Allemagne et la France doivent reprendre l’initiative. Tenir les objectifs de réduction des émissions de CO2 en Europe, malgré l’échec des négociations, rend le principe d’une taxation aux frontières quasiment incontournable. Français et allemands doivent s’entendre sur ce point.
 
La stratégie UE 2020 pour la croissance et l’innovation peut constituer un deuxième axe de coopération. Les chefs des deux Etats « montrant l’exemple » en engageant résolument les deux pays sur la voie proposée.
 
Un troisième axe de coordination pourrait être sectoriel avec l’industrie automobile. Une saine concurrence entre constructeurs n’empêche une coopération pour la définition des normes qui permettront l’essor des véhicules électriques de demain par exemple. Un projet pilote pour le réseau d’alimentation de ces futures voitures en zone frontalière franco-allemande serait un premier pas.
 
Il faut aussi restaurer la confiance, sur le potentiel de ces partenariats industriels. Les leaders politiques ont leur mot à dire sur ce point. Dans les récentes décisions d’entreprises allemandes de se tourner vers la Russie plutôt que vers la France, la psychologie, le discours politique et la conviction économique ont beaucoup compté. Les domaines de coopération potentielle entre Français et Allemands ne manquent pas : réseaux électriques intelligents, coopération entre sites de Crolles et Dresde en nanoélectronique, développement conjoint d’applications sur le climat en s’appuyant sur des super-calculateurs. Mais aussi, les projets en cours dans l’aérospatial, comme l’A400M ou les fréquences réservées de Galiléo, ou le développement d’un satellite climatique commun. En matière d’enseignement supérieur enfin, les programmes européens gagneraient à pouvoir s’appuyer sur des réalisations franco-allemandes pilotes.
 
Dernier point, mais non des moindres, apprendre la langue et la culture de l’autre reste essentiel. Si les gouvernements peuvent créer des conditions favorables aux échanges, ils ne peuvent se substituer aux acteurs économiques capables d’apprécier en dernier lieu la pertinence de ces coopérations, en en portant les responsabilités financière, technique et humaine. Derrière chaque projet, il doit y avoir des hommes qui décident de travailler ensemble.