Dans la crise financière, Jean-Pierre Jouyet déplore le manque de coordination entre les Etats-Unis et l’Europe

"Face à une crise d'origine américaine, qui s'est propagée à l'ensemble de l'économie internationale, c'est bien la question de la coopération qui est posée", a déclaré Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d’Etat aux affaires européennes à l’occasion du G7, qui rassemblait samedi 9 février les ministres des finances et les gouverneurs des banques centrales des Etats-Unis, du Japon, du Royaume-Uni, d'Allemagne, du Canada, de la France et de l'Italie.

La charge contre les décisions unilatérales prises aux Etats-Unis n’aurait pu être sonnée sans l’accord des partenaires européens. "Le fait qu'il n'y ait pas eu de concertation traduit ou bien un mépris de la coopération sur le plan financier, ce qui n'est pas une bonne chose, ou bien une situation qui serait plus grave que prévu sur le plan financier", a ajouté Jean-Pierre Jouyet, avant de conclure : "Ce qui est gênant dans l'attitude américaine, c'est que ça peut donner aux opérateurs un sentiment de panique."

Les Européens redoutent que les embardées de Washington en la matière n'aboutissent à une spirale incontrôlable et à la baisse du dollar, ce qui amoindrirait encore la compétitivité de leurs entreprises face à leurs concurrentes américaines, mais aussi asiatiques, puisque les monnaies des pays d'Asie sont peu ou prou rattachées au dollar. Comme l'a dit le Secrétaire d’Etat allemand aux finances,Thomas Mirrow (SPD), appuyé par ses collègues européens, "nous ne voulons pas que l'essentiel des ajustements soit supporté uniquement par l'euro".

Les Européens étaient d’accord pour dire que le paquet de relance adopté par le Sénat américain ne vaut pas pour la zone euro. Les économistes allemands se sont prononcés à l’unisson contre une relance keynésienne. Outre-Rhin, on met à présent l’accent sur la maîtrise du déficit public, notamment à l’endroit de la France. Les nouvelles baisses d’impôt programmées par le gouvernement Bush devraient porter le déficit américain à 400 milliards de dollars.

Sur les solutions à apporter à la crise, on voit se former un front franco-allemand pour demander aux banques de rendre publiques leurs pertes le plus rapidement possible, d’assurer à l’avenir les crédits « titrisés » par des liquidités correspondantes, et pour demander une plus grande rigueur aux agences de notation face aux montages financiers complexes.

Avant la réunion du G 7, les Etats-Unis avaient formulé le vœu que les pays du Groupe donnent un tour de manivelle à leurs économies afin de relancer la consommation. A Tokyo, il n’était toutefois plus question de mesures de ce genre. « Chaque pays se trouve dans une situation économique différente, et chaque pays doit par conséquent se concentrer sur sa propre situation », a déclaré le ministre des finances américain, Hank Paulson.
 
Le président de la Bundesbank, Axel Weber, a déclaré au quotidien FAZ que ni en Allemagne ni dans la zone euro il ne voyait la nécessité de mettre en œuvre des mesures conjoncturelles semblables à celles prises par le gouvernement Bush. Le ministre des finances allemand, Peer Steinbrück (SPD) a rajouté : « La balle n’est dans le camp de personne ». Le Groupe des Sept a demandé aux pays de l’OPEP de revoir leur production de pétrole à la hausse.

Au G 7, les dissensions européennes portaient sur l’euro. La Ministre des finances française, Christine Lagarde, Ministre des financesa souligné que la force de l’euro nuisait aux exportations européennes et pouvait contribuer à aggraver les difficultés. Le ministre des finances allemand, Peer Steinbrück, a quant à lui déclaré qu’il « ne se faisait pas de souci pour l’euro fort ». Jean-Claude Trichet, président de la BCE, a essayé de dissuader les marchés de croire davantage à une baisse des taux directeurs.

Marc Foglia, pour le GBF