Erasmus Mundus peut-il faire émerger des centres d’excellence universitaire en Europe ?

Depuis le lancement d’Erasmus Mundus en 2004, l’Union européenne incite les universités européennes à se regrouper pour créer des Masters de haut niveau pour des étudiants venus du monde entier. L’objectif est d’attirer les meilleurs cerveaux étrangers et d’améliorer l’offre de l’enseignement supérieur européen sur le marché mondial de la formation. Erasmus Mundus est doté d’un généreux programme de bourses, 300 millions d’euros sur la première période (2004-2008), 950 millions d’euros sur la seconde qui commencera en janvier 2009. Un étudiant non européen peut prétendre à une bourse de 1600 euros mensuels sur dix mois, plus un forfait de 5000 euros. Plus de trois cents universités, En Eruope et dans le monde participent à ce programme. On compte une centaine de masters labellisés, parmi lesquels cinquante-six impliquent au moins un établissement français. Le programme sera-t-il un jour le moteur du soft power européen, comme l’ont été depuis soixante ans les bourses Fullbright aux Etats-Unis ? 

En 2007, on comptait parmi les étudiants Erasmus Mundus 66 étudiants brésiliens, 47 éthiopiens, 41 Thaïlandais, 26 iraniens, 19 américains des Etats-Unis, 11 égyptiens, etc. Tous les masters incluent des périodes d’études obligatoires dans deux ou trois pays, généralement sur une période de deux ans. Le master « Etudes urbaines en régions méditerranéennes » permet ainsi d’étudier la géographie à Séville en première année, de se spécialiser en urbanisme à Aix, et de terminer par des cours d’architecture à Lisbonne. (Voir l'article paru dans le supplément Economie du journal Le Monde : Sarah Piovezan, « Avec le programme Erasmus Mundus, l’Europe cherche à attirer la crème des étudiants étrangers », 29.01.2008).

Le Groupe des Belles Feuilles a relevé un certain nombre de questions qui entourent le programme Erasmus Mundus :
a)    Erasmus Mundus peut-il favoriser la création de pôles d’excellence universitaires en Europe ? Le nombre de bouses reste limité (2300 étudiants depuis quatre ans). L’attractivité des Universités européennes doit reposer, à long terme, sur la notoriété internationale de programmes en Master et Doctorat, à l’issue desquels l’étudiant obtient un diplôme internationalement reconnu, et une spécialisation de pointe dans le domaine de la recherche.
b)    Les étudiants européens, qui sont exclus des bourses Erasmus Mundus, se sont détournés de ces cursus coûteux. Certains Masters dépassent 10 000 euros par an, pour les étudiants européens, ce qui resterait toutefois raisonnable s’il s’agissait d’un investissement à vie. Les étudiants étrangers, qui viennent chercher un peu de sociabilité européenne, repartent déçus ;
c)   Comme il est également noté sur le site du Taurillon, Erasmus mundus favoriserait l’enseignement en anglais, au détriment de l’apprentissage des autres langues européennes ;
d)    Le programme Erasmus Mundus ne suffira pas à faire émerger à lui seul une géographie de l’excellence universitaire en Europe. Il faudrait inclure introduire en Europe un programme de mobilité des étudiants aux Master et Doctorat.

Le programme Erasmus Mundus poursuit en effet deux objectifs assez différents : créer des liens avec les Universités de pays tiers, et rendre les Universités européennes plus attractives sur la scène internationale. La création de liens avec les Universités de pays tiers reste toutefois le premier objectif du programme Erasmus Mundus.

« Nous avons aussi le sentiment qu’il nous faut aller plus loin et élargir le champ du programme pour qu’Erasmus Mundus devienne l’emblème de la coopération de l’UE avec les pays tiers en matière d’enseignement supérieur », a souligné Jan Figel’, Commissaire à l’Education et à la Culture, à l’unisson avec Benita Ferrero-Waldner, Commissaire pour les affaires étrangères : « Avec Erasmus Mundus II, nous comptons exploiter pleinement le potentiel de coopération entre les universités européennes et leurs homologues du monde entier : le nouveau programme aura un champ d’activités plus vaste, couvrant davantage de participants, de programmes et de bourses d’études. »

Le Groupe des Belles Feuilles soutient actuellement un projet de création de centres d’excellences universitaires au niveau européen. Ce projet, qui a reçu un accueil très largement favorable de nos interlocuteurs, pourrait-il s’appuyer sur Erasmus Mundus ?  La politique d’excellence est aussi revendiquée par Erasmus Mundus : il s’agit officiellement d’accorder un « soutien à des mastères et doctorats communs proposant un enseignement de très haute qualité ». Comme Madame Barbara Nolan, responsable du programme Erasmus à la Commission européenne, nous l’a confirmé dans une lettre récente, l’excellence fait partie des critères qui permettent de sélectionner les programmes Erasmus Mundus en partenariat avec des Masters européens. Toujours selon Madame Barbara Nolan, le programme devrait être étendu aux doctorats à partir de janvier 2009. Enfin, les bourses devraient également concerner les étudiants européens.

L’initiative communautaire va dans le bon sens, mais on peut se demander si elle fonctionnerait en l’absence de soutien financier. A long terme, la clé de l’attractivité du système européen d’enseignement supérieur et de recherche repose avant tout sur des critères académiques d’excellence. La création de centres d’excellences, implantés dans un pays de l’Union, permettrait aussi de contrarier la tendance naturelle de tous les enseignements européens répartis sur plusieurs universités à se faire en anglais.

Les conditions dans lesquelles se développement les programmes Erasmus Mundus ne nous paraissent pas suffisantes pour faire émerger des centres d’excellence dans l’enseignement supérieur et la recherche au niveau européen. Les mêmes étudiants qui participent aujourd’hui au programme Erasmus Mundus, accepteront-ils demain d’investir dans la formation de leurs enfants et de les envoyer étudier en Europe, même sans bourse d’étude ?

Marc Foglia et Adrien Matray, pour le GBF