Présidence française de l’UE (1er juillet 2008) : les attentes des Français en décalage

Le sondage réalisé par l’IFOP pour toute l’Europe.fr sur les conceptions et les attentes des Français, relativement à la future présidence de l’Union européenne par la France (1er juillet – 31 décembre 2008) montre un décalage important avec les priorités fixées par le Gouvernement.

Alors que le Gouvernement a d’abord mis l’accent sur la politique de l’énergie, la politique de défense et la politique d’immigration, l’enquête révèle que les Français confieraient volontiers d’autres priorités à l’Union. La protection de l’environnement est citée en premier : 50% des personnes interrogées citent ce thème en première ou en deuxième position. Viennent ensuite la protection des consommateurs (38%) et des entreprises européennes (34%). Loin derrière, ils citent la politique de l’énergie (25%), d’immigration (22%) ou l’Europe de la défense (9%).

Comment expliquer un tel décalage ? Ce qui apparaît aux citoyens comme un transfert du modèle de la souveraineté nationale au niveau européen (économie, défense, protection des frontières) ne suscite guère l’adhésion. En revanche, la mise en œuvre européenne de normes contraignantes en matière d’environnement ou de protection des consommateurs est largement plébiscitée, parce que l’action de l’Union en la matière apparaît comme une protection sérieuse, efficace au niveau européen, et complémentaire aux protections dispensées par l’Etat national. Enfin, si l’on prend en considération la proximité politique des personnes interrogées, les différences que l’on observe dans les réponses des Français sont minimes : ceux-ci ne dupliquent pas leurs attentes politiques nationales au niveau européen.

En matière de protection de l’environnement et des consommateurs, l’Union européenne a acquis une légitimité solide auprès des Français. Ils sont par ailleurs 61% à penser que cette future présidence aura des effets positifs sur la place de la France en Europe, et un peu moins, mais 58% tout de même, à faire confiance à leur Gouvernement pour bien piloter l’Union pendant six mois (« Pensez-vous que la présidence française aura des effets positifs sur l’efficacité de l’Union européenne ? »). En revanche, seulement 8% des Français répondent que ces effets seront « très positifs ». On voit donc quelques doutes apparaître relativement à la qualité et l’impact de l’engagement européen de la France, même si dans l’ensemble, les Français font confiance à leur pays au sein de l’Union.

Le sondage sur les attentes des Français en matière européenne montre leur réticence à confier des actions de type régalien à l’Union européenne, qu’il s’agisse de l’économie, de la défense ou des frontières. Il montre aussi l’excellente notoriété conquise par l’Union en matière de protection de l’environnement et de la santé. On notera également que 72% des Français approuvent le projet d’une union plus étroite avec les pays de la Méditerranée, et parmi eux, 81% de ceux qui ont voté « oui » au référendum de 2005. Ce résultat montre clairement que la dynamique de la construction européenne reste très présente dans l’opinion publique française, mais qu’elle se tourne vers d’autres formules que celle de l’adhésion.

Marc Foglia, pour le GBF

Sur le sujet :
toute l’Europe.fr
IFOP : « Les Français et la présidence française de l’UE »
Euractiv.fr : « résultats de l’enquête : les attentes et propositions pour la présidence française de l’UE »

En pièce jointe, veuillez ouvrir ou télécharger les résultats du sondage IFOP pour toute l’Europe.fr