Journée du 22 janvier : la France et l’Allemagne dans l’Europe d’aujourd’hui

La Journée du 22 janvier est la journée de l’amitié franco-allemande. Depuis quarante-cinq ans, c’est l’occasion de célébrer la réconciliation de l’Allemagne et de la France, qui avait pris avec le Traité de l’Elysée (1963) une forme institutionnelle durable. Afin de prendre acte des changements intervenus en Europe depuis 1963, et des progrès réalisés dans la coopération franco-allemande, la déclaration franco-allemande commune de 2003, encore appelée Déclaration de l’Elysée, rafraîchit les ambitions du partenariat. C’est à cette occasion, entre autres, que le 22 janvier fut déclaré Journée franco-allemande / Deutsch-französischer Tag.

Quel est l’avenir de ce partenariat étroit dans l’Union européenne à 27 ? Si la question se pose de cette manière, c’est d’abord parce que l’Allemagne et la France pensent toutes deux leur partenariat dans le cadre européen actuel. Si le Traité de l’Elysée déclare que l’Allemagne et la France sont aujourd’hui liées par une « communauté de destin », c’est parce que leur avenir est « indissociable de celui d’une Union européenne approfondie et élargie ». La force de ce partenariat, c’est d’être d’abord au service du jeu collectif européen. Ce partenariat se veut exemplaire et l’on peut affirmer qu’il y parvient sous de nombreux aspects : échanges scolaires et académiques, efforts d’apprentissage de la langue et de la culture du pays voisin, coopération militaire, modèle de réconciliation pour l’actualité des relations entre l’Allemagne et la Pologne, mais aussi entre la Pologne et de la Russie, etc. Cette œuvre historique fait honneur à nos deux pays.

Pourtant, dans l’Europe élargie, nos deux pays ont dû renoncer à penser qu’ils pourraient fixer, grâce à leur poids combiné, les grandes lignes de la gouvernance européenne. Peut-on encore attribuer au partenariat franco-allemand une valeur stratégique ? Tout d’abord, il faut souligner que les effets du Traité de l’Elysée et de la volonté de réconciliation sont allés bien au-delà du politique, qui en avait fourni l’impulsion à travers la volonté commune de Konrad Adenauer et de Charles de Gaulle. La coopération franco-allemande est unique, dans l’Europe à 27, parce qu’elle implique en profondeur les sociétés allemande et française à travers la jeunesse, les Universités, la culture, les échanges économiques et le débat public. Au-delà des différends politiques, qui ont toujours existé et qui ont toujours fini par trouver une solution, le partenariat de l’Allemagne et de la France implique réellement un dialogue entre les deux peuples. Fondé sur l’engagement de très nombreux responsables politiques, éducatifs, scientifiques, économiques et culturels, ces échanges multiples ont fait dire au philosophe Jürgen Habermas, le philosophe contemporain du dialogue : « On ne saurait sous-estimer la réconciliation franco-allemande ». La relation qu’entretiennent l’Allemagne et la France est plus qu’une coopération : c’est un travail commun de longue haleine, l’impératif d’un dialogue constant, et une amitié forte entre deux peuples autrefois ennemis.

Aujourd’hui, 22 janvier 2008, le Comité de sécurité de l’ONU définit à Berlin des sanctions financières et un embargo sur les armes à l’égard de l’Iran. Il est révélateur qu’une position de gouvernance mondiale s’élabore à Berlin. Les choses ont changé, depuis l’époque où Berlin était pris en tenailles entre les Etats-Unis et l’URSS. Sans la coopération franco-allemande, la promotion de l’Europe comme maillon indispensable de la gouvernance mondiale ne serait pas possible. De même, au niveau européen, la relance institutionnelle du Traité de Lisbonne n’aurait pas existé sans la coopération franco-allemande. Son contenu n’aurait pas été celui d’un renforcement du rôle joué par le Parlement européen et les Parlements nationaux. Le partenariat de l’Allemagne et de la France garde toute sa pertinence stratégique en Europe et dans le monde actuel.

La déclaration de l’Elysée souligne : « Notre objectif est que nos projets puissent servir de base aux politiques européennes. » L’Allemagne et la France souhaitent que les institutions de l’Union puissent être dotées d’une plus large capacité d’action, d’une légitimité et d’une stabilité plus assurées. Sans ce dialogue, l’Allemagne et la France auraient-elles de telles convictions européennes ? C’est en se tournant d’abord vers la France que l’Allemagne a pu, depuis quarante-cinq ans, trouver toute sa place sur la scène internationale. C’est en se tournant d’abord vers l’Allemagne que la France échappe au repli sur soi, et peut associer ses partenaires européens à ses projets. Qu’il s’agisse aujourd’hui de la coopération avec les pays de la Méditerranée, de la Russie ou des Etats-Unis, mais aussi de politique en matière d’environnement, d’énergie ou de transport, le travail de rapprochement que conduisent l’Allemagne et la France reste plus que jamais nécessaire.

Marc Foglia, pour le GBF

 Dieser Beitrag ist auch auf Deutsch in der angehängten Datei verfügbar. Bitte die angehängte Datei öffnen oder herunterladen.