Nouveau test pour la résilience communautaire

La résilience est la capacité à intégrer les chocs et à les surmonter. Concept apparu dans les années 70 en psychologie sociale, et jamais passé de mode depuis, il s’applique aussi bien aux matériaux, aux organismes individuels qu'aux organismes collectifs. Après le référendum négatif en Irlande, qui fait suite aux référendums négatifs de 2005 en France et aux Pays-Bas, la réforme institutionnelle de l’Union européenne produit un résultat inattendu, celui de tester la capacité de résilience communautaire.

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L’Union doit faire évoluer ses institutions, l’unanimité n’étant plus de mise à 27. L’échec du référendum en Irlande n’indique d'ailleurs aucune faiblesse particulière : pour ceux qui connaissent la vie de groupe - sans parler de la vie de couple - il est inévitable que 27 personnes, à qui l’on aurait laissé leur liberté ne soient jamais totalement d’accord, et que certains se désolidarisent des activités ou des règles proposées. De même, les chercheurs en écologie ont établi que dans les écosystèmes régionaux en apparence stables, les ruptures brutales ont un degré de probabilité élevé.

L’une des solutions actuelles consisterait à exclure l’Irlande du groupe, de manière symbolique et provisoire, tout en veillant à maintenir la cohésion du groupe à 26 face à l’élément perturbateur. On demanderait ensuite à l’Irlande de racheter sa conduite égoïste, en votant « Oui » à un texte légèrement modifié. Ce scénario, évoqué aussi bien par les représentants des Etats européens que par ceux de l’Union européenne, prête évidemment le flanc à la critique tout en laissant entrevoir un nouvel échec.

L’intégration européenne peut aussi trouver une voie plus conforme aux Traités européens, et qui permette de dépasser les limites de la première solution. Cette voie a été ouverte dès le Traité de Maastricht, qui a donné naissance à l'Union européenne (1er nov. 1993). Les compétences communautaires ont été élargies, souvent sans impliquer la totalité des Etats : les principaux exemples d’intégration différenciée issus du TUE sont le Protocole social, l’Union monétaire et les accords de Schengen.

La Grande-Bretagne et l’Irlande ont fait jouer une clause d’opting-out sur ces sujets, donnant naissance à une « Europe à géométrie variable ». Aujourd’hui, le Traité d’Amsterdam (1999) pose les bases de la coopération renforcée, principe né d'une réflexion des Quinze autour de l'Union monétaire dont la Grande-Bretagne ne voulait pas faire partie. La coopération renforcée permet à l’organisme « Europe » de surmonter l’opposition d’une petite minorité de pays, et va nécessairement dans le sens d’un approfondissement de l’intégration. Une majorité de pays membres doit y participer. Les coopérations mises en place restent ouvertes aux Etats qui les auraient refusées. L'initiative d'une coopération renforcée émane de la Commission européenne, en réponse à une demande dans ce sens faite par certains Etats membres.

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Afin de sortir de la crise institutionnelle, l’UE doit faire preuve de résilience. Cela veut dire qu’il faut puiser dans les ressources existantes, et éventuellement introduire à nouveau de la flexibilité, des possibilités de différentiation et d’adaptation. La voie la plus européenne n’est pas celle de la contrainte, mais celle de la résilience.

La réaction de l’Union européenne au référendum irlandais se fera en deux temps. Pendant les premiers mois de la Présidence française, on encaissera le choc. On mettra ensuite en place une réaction positive, en l'état sous la forme de coopérations renforcées, qui devraient permettre à l’Union de rebondir.

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Liens

- "Psychological resilience", sur Wikipedia (en anglais), avec le résumé d'études de cas

- La coopération renforcée, telle qu'elle est prévue par le Traité d'Amsterdam, sur Europa.eu (en français)

 

 

Marc Foglia, pour le GBF