L'évolution de l'enseignement supérieur en Europe

Barbara Kehm, professeur à l’Université de Kassel : « L’enseignement supérieur en Europe, évolutions récentes et perspectives ».
Article paru dans la revue Futuribles sept. 2007, n°333, pp.55-67

Quel bilan tirer de la déclaration de Bologne de 1999 ? La déclaration de Bologne a été signée et ratifiée par 45 pays. Un nouveau système de diplômes (réforme dite du « LMD ») a été mis en place. Parallèlement, on a instauré un système de crédits transférables (« UCTS », pour European Credit Transfer System) de manière à faciliter la reconnaissance des acquis, et des diplômes obtenus à l’étranger.

En 2000, lors du sommet de Lisbonne, la Commission a proposé de compléter le processus de Bologne par la création d’un « espace européen de recherche » (European Research Aera, ERA). Les deux processus ont fusionné sous le titre de « stratégie de Lisbonne ». Le Commissaire européen à la Recherche d’alors, Philippe Busquin, a proposé de faire de l’Europe « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». La Commission européenne a apporté son soutien.

Malgré les efforts des uns et des autres, l’harmonisation progresse moins vite que prévu. En 2004, le rapport de Wim Kok, ancien Premier Ministre des Pays-Bas, sur la stratégie de Lisbonne jette un pavé dans la mare : l’écart entre les Etats-Unis et l’Europe se serait encore creusé. La stratégie de Lisbonne poursuivrait des objectifs trop nombreux, en tout cas irréalisables en 2010. Le volontarisme européen aurait-il été victime de la mauvaise volonté des Etats membres, ou d’un projet mal engagé ?

Le système de crédits fonctionne et permet aux étudiants de faire reconnaître les crédits obtenus dans un autre pays européen. La notoriété du programme Erasmus est excellente dans toute l’Europe. Il existe désormais un cadre européen des qualifications universitaires. La gestion des Universités et des instituts de recherche évolue, principalement sous l’effet du new public management. Il faut trouver des partenaires pour financer des projets, construire de nouveaux bâtiments, créer des programmes de recherche-développement, améliorer la formation professionnelle continue ou augmenter le nombre de brevets déposés. Les établissements du Royaume-Uni, suivis par ceux des Pays-Bas, sont allés le plus loin dans le renouveau de la gestion universitaire.

Le souci actuel, pour les établissements, est d’attirer les meilleurs talents. La déclaration de Bologne visait la création d’un espace européen de l’enseignement supérieur qui soit concurrentiel avec les Etats-Unis. La concurrence se fait en réalité moins entre les pays qu’entre établissements, au sein de quelques grands pays européens. Est-ce la bonne manière pour faire émerger des Universités européennes qui soient visibles, reconnues et attractive sur la scène internationale ?

Le milieu universitaire, en Europe, est assez étroitement soumis aux attentes de la société et du politique. Depuis une dizaine d’années, on demande à l’enseignement supérieur de mieux répondre aux attentes du marché et aux besoins de l’environnement socio-économique. Les missions qui lui avaient été assignées, comme l’aménagement équilibré du territoire ou la démocratisation des diplômes en France, n’ont pas été abandonnées.

Tout laisse penser que le mouvement existant sera poursuivi et accentué. Les établissements d’enseignement supérieur seront appelés à nouer des partenariats plus larges et plus étroits avec le monde extra-universitaire. Le management prendra encore de l’importance, avec un plus grand nombre de participants venus du monde de l’entreprise ou de l’administration. Cette évolution devrait rendre les établissements européens d’enseignement supérieur plus dépendants des attentes politiques et sociales, mais aussi plus réactifs. Les gagnants de l’évolution actuelle seront les établissements les mieux intégrés dans les circuits économiques, dont ils deviendront la pièce maîtresse.

Marc Foglia, pour le GBF