Lancement d'un magazine européen

Une jeune équipe de journalistes vient de lancer un magazine européen en langue allemande, intitulé "european". Sa légende est « was uns verbindet » ("ce qui nous relie »). En couverture, Carla Bruni, « la First Lady la plus scintillante d’Europe », vole la vedette à son Président de mari. Ce magazine mensuel fait 100 pages et coûte 4.95 euros. Il se feuillette aussi gratuitement sur Internet.
 
On y trouve un article sur le salaire minimum en Europe, un autre sur les maires des grandes villes, pour mémoire : Letizia Moratti à Milan, Klaus Wowereit à Berlin, Bertrand Delanoë à Paris, Job Cohen à Amsterdam, Ole von Beust à Hambourg et Ken Livingstone à Londres. Les maires des grandes villes européennes sont souvent des personnalités excentriques, ou du moins en rupture avec l’establishment. À l’image de Ken Livingstone, « Ken le Rouge », devenu en 2000 le premier maire de Londres élu au suffrage direct : celui-ci lève non seulement des salamandres chez lui, mais a été le premier à entourer une capitale européenne d’un péage dissuasif pour les voitures. La mesure a été suivie par Stockholm et Milan.

Dans la rubrique Lifestyle, on apprend que Paris est la ville la plus dangereuse d’Europe pour les couples. Selon un sondage anglais, c’est là où les touristes en couple s'engueuleraient le plus souvent. Sans doute favorisées par le manque de place dans les rues, des difficultés à s’orienter quand on ne parle pas français, et de la piètre qualité du service dans les restaurants, suppose le journaliste alleamnd... European fait un dossier sur les sports de l’extrême (Cherchez-vous le fun ou le thrill ?) et à la suite – après l’effort, le réconfort – un un reportage sur les caves à vin parisiennes. On découvre un portrait de Manuel Barroso, mais aussi de Pedro Almodovar – pas tout à fait le même style, on l’aura compris, ce qui rend d’autant plus intéressante la question : qu’est-ce qui fait de l’homme politique portugais et du cinéaste espagnol deux grands Européens ?

Le magazine essaie de faire émerger l'esprit européen à l'aide de thématiques ou de problèmes, de pratiques et de lieux culturels, et de personnages. Ce dernier aspect est particulièrement réussi. Qui est José Manuel Dourao Barroso, 52 ans, actuel Président de la Commission européenne ? « Appelez-moi simplement José Barroso », insiste-t-il souvent, comme pour se débarrasser de certaines pesanteurs du passé. L'ancien révolutionnaire d’extrême-gauche, devenu un conservateur « néo-libéral » aux yeux de ses ennemis, a pour phrase favorite, « Let’s be frank ».

José Barroso est le fils d’une enseignante et d’un libraire de Lisbonne - une famille d’immigrés si l’on veut, puisque ses parents avaient fui le Nord du Portugal et sa pauvreté – il s’agit effectivement de la région la plus pauvre d’Europe. C’est dire si le devoir de réussir est inscrit dans l’ADN du jeune Manuel.  Dès l’âge de 13 ans, celui-ci s’investit dans la lecture des journaux d’opposition, et sympathise avec des groupes de jeunes étudiants qui veulent renverser la dictature de Salazar. Des expériences personnelles, comme le passage à tabac de l’un de ses professeurs par les « gardes de l’ordre public » de Salazar, le poussent à s’engager davantage. À dix-huit ans, un club maoïste est le lieu de son premier engagement politique. Malgré son slogan (« Celui qui n’ose pas ne réussit pas ») le club étudiant préfère la théorie philosophique à l’action. Bientôt, par crainte d’être arrêté, José dort rarement plus de deux fois dans le même appartement. En 1975, le jeune étudiant en droit n’échappa que de peu à l’internement – en sautant d’une jeep militaire.

José Barroso rencontre sa femme Margarida Sousa Uva à la cafétéria de l’Université de Lisbonne. Ils se marient en 1980. Ils ont trois enfants : Luis, Guilherne et Francisco. Margarida est sa meilleure conseillère. Il étudie les sciences politiques à l’Université de Genève, à l’Institut d’études européennes, fait des séjours d’étude à Washington, Luxembourg, New York et Florence ; il publie de nombreux articles en sciences politiques, relations internationales et questions européennes. En 1980, il a changé de cap politique, entrant au parti social-démocrate portugais, qui est en réalité le parti conservateur. L’entrée du Portugal dans l’Union a été décidée : l’intégration se fera avec succès en 1986, en même temps que l’Espagne.

Le jeune Barroso devient Secrétaire d’Etat à l’âge de 29 ans. Il réussit à détendre la situation entre le Portugal et les anciennes colonies africaines et devient Ministre des affaires étrangères en 1992, à l’âge de 36 ans. Cette fonction qui lui attire la reconnaissance internationale. C’est lui qui signe au nom du Portugal les traités d’intégration de l’Autriche, de la Suède et de la Finlande, en 1994. Son ascension rapide lui attire toutefois de nombreuses jalousies...

Vous pourrez lire la suite de l'article, et bien d'autres choses passionnantes, dans le magazine european.

Marc Foglia, pour le GBF