L'OCDE exhorte l'Allemagne à maintenir le cap des réformes

L’étude de l’OCDE sur l’Allemagne de 2008 souligne le caractère imposant des réformes concernant les retraites, le marché du travail et la réduction du déficit public. Conscient des tensions sociales et politiques que les réformes ont fait naître dans le pays, le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurria, a toutefois souligné que le pays ne devait pas passer à côté de la chance que représente une conjoncture favorable pour poursuivre la mise en œuvre des réformes, car le coût de celles-ci apparaît actuellement minimal en raison des bonnes performances de l’économie allemande.

Confrontée au vieillissement de sa population, et donc à l’augmentation inévitable d’un nombre d’inactifs, l’Allemagne n’aura pas d’autre solution que d’augmenter la durée moyenne travaillée. Or, souligne l’organisation internationale, l’Allemagne a sur ce terrain du retard à rattraper, notamment parce que les femmes travaillent peu. La durée du travail hebdomadaire est en moyenne de 29,7 heures pour les femmes et de 38,9 heures pour les hommes. À titre de comparaison, elle est de 33,4h pour les femmes en France et 38,8h pour les hommes, de 36,4h pour les femmes et de 41h pour les hommes aux Etats-Unis ( voir Graphique du FAZ ). Le PIB potentiel par habitant est à 76% de celui des Etats-Unis en 2008, et a plutôt régressé depuis 1995. « Cette divergence vient de ce que la croissance du nombre d’heures travaillées par personne et de la productivité du travail est plus faible en Allemagne qu’aux Etats-Unis », souligne l'organisation internationale.

Comment inciter les femmes allemandes à travailler davantage ? L’un des facteurs pointés par l’OCDE est le mode d’imposition fiscal, qui concerne le foyer, et dont le mode de calcul n'incite pas le conjoint à rechercher des activités fiscalement visibles, comme un travail à temps plein. L’OCDE suggère donc d'instaurer le mode d'imposition individuel, mais aussi de supprimer la gratuité de la couverture médicale accordée au conjoint dans certaines circonstances : ce dispositif incite les femmes à accepter des emplois non assujettis à l’impôt et aux prélèvements sociaux.

L’un des acquis les plus visibles des réformes est la profession du taux d’emploi des travailleurs âgés, qui a gagné plus de 10 points par rapport à 2003. Ce taux reste toutefois inférieur à la moyenne : il faudrait donc rendre les retraites anticipées moins attrayantes, et inciter les seniors à travailler davantage. L’OCDE déplore ainsi la décision qu’a prise le gouvernement d’Angela Merkel d’allonger les indemnités chômage pour les travailleurs âgés. Avec une brutalité non feinte, l'OCDE propose de supprimer le subventionnement du travail à temps partiel des plus de 55 ans (Altersteilzeit), et de tailler encore dans les indemnités des chômeurs de longue durée. Le conseil est un peu court, au regard de la situation d’un Allemand de l’Est, âgé de 50 ans, sur le marché du travail aujourd’hui ?

L’OCDE loue sans réserve les réformes du marché du travail, qui ont permis une « vive remontée des contrats d’intérim au cours de la reprise actuelle ». Cette mesure a en effet contribué à augmenter la flexibilité des entreprises et à maintenir les coûts de main-d’œuvre à un bas niveau. Après avoir rendu le marché de l’intérim et du travail à temps partiel plus flexible, l’Allemagne doit maintenant « envisager d’assouplir la législation de protection de l’emploi applicable aux contrats réguliers » : à long terme, la protection de certains emplois risque de créer un marché du travail dual où certains emplois seront plus protégés que d’autres », ce qui se traduira par un marché du travail dual partagé entre insiders et outsiders. Ce conseil est toutefois contraire aux souhaits de la quasi totalité des Allemands, qui souhaitent une plus grande sécurité de l'emploi, et s'inquiètent de la baisse de leurs revenus réels, liée principalement aux progrès du travail à temps partiel et des "petits boulots". On lira l'étude récente du Deutsches Institut für Wirtschaftsforschung (DIW) sur ce point ; le DIW est réputé proche du patronat.

L’OCDE critique une nouvelle fois la ségrégation scolaire précoce et le faible taux de bacheliers (22%, soit 10 points de moins que la moyenne). Ce résultat est lié à une ségrégation scolaire précoce, dès l'âge de dix ans, qui ferme les portes de la formation généraliste et de l'ascension sociale à la majeure partie de la population. L’analyse de l'OCDE se porte cette fois sur les premières années (crèche, école maternelle) où l’Allemagne accuse, surtout à l’Ouest, un déficit de structures d'accueil bien connu. La médiocrité des résultats obtenus par les écoliers allemands dans les tests internationaux (comme PISA) s’expliquerait par un soutien insuffisant apporté par l'école publique aux enfants issus de l'immigration et des milieux sociaux les plus défavorisés. L'école n'arriverait pas à compenser le handicap des enfants dont les parents ne maîtrisent pas bien l'allemand. Afin d’obliger les enfants à fréquenter l’école très tôt, et de permettre aux femmes de travailler davantage, l’OCDE s’exprime contre l’idée, défendue par la CSU, d’instaurer une allocation parentale qui permettrait de rémunérer les mères s’occupant de leurs jeunes enfants à la maison.

L'économie allemande pâtit d'une structure oligopolistique dane les grandes industries "de réseau" comme l'énergie et les transports. Le marché est contrôlé par de "grandes sociétés intégrées verticalement", qui ont le pouvoir de faire les prix. Cette fois en phase avec la société, l'OCDE souhaite une baisse des prix de l'énergie, anormalement élevés en Allemagne.

 

Marc Foglia, pour le GBF

La synthèse de l'étude de l'OCDE se trouve en pièce jointe.
Voir également l’article des Echos sur le sujet.