La victoire de Donald Tusk en Pologne

Donald Tusk (prononcez "tousk") est le chef du parti dénommé Plate-forme Civique (pl: Platforma Obywatelska). Le parti est plutôt orienté vers le centre (éventuellement centre droite) du spectre politique polonais. Le leader politique est né en 1957 dans une famille ouvrière de la ville de Gdansk, berceau du syndicat Solidarnosc et de la contestation du régime communiste.

Avant les élections d'octobre 2007, Tusk faisait partie de l'opposition au gouvernement de Lech et Jaroslaw Kaczynski, du parti Droit et Justice (pl: Prawo i Sprawiedliwosc) et des politiciens de l'ultra-droite (catholique). Dans ce rôle d’opposant, il s’était rapproché des partis de gauche. La période précédente a été marquée par une lutte de la gauche et le centre d’une part, contre la droite et l'ultra-droite d’autre part.
 
En 2005, les partis vainqueurs des élections étaient précisément la Plate-forme Civique et Droit et Justice, qui devaient créer une coalition très prometteuse. Le succès des deux partis reposait sur une forte volonté de changement total de la politique menée jusque-là par le parti de l'Alliance de la Gauche Démocratique. L'Alliance avait été impliqué dans de grandes affaires de corruption qui avaient porté atteinte à l'intégrité de l’Etat et au bien public. La faillite de cette gauche était retentissante et ouvrait un boulevard à la droite. Les citoyens polonais étaient bouleversés par ces incidents. La crise les avait rendus sensibles aux slogans de lutte anti-corruption du parti Droit et Justice - comme son nom le suggère, n'est-ce pas ?
 
Donc, en 2005, les partis vainqueurs de Droit et Justice et de la Plate-forme Civique voulaient faire un peu le ménage. Toutefois, les deux partis ne sont pas arrivés à s'entendre après les élections de 2005. Ceci a semblé étrange, parce qu’avant les élections, tout le monde pensait qu’ils créeraient une grande coalition. Afin d'avoir la majorité au Parlement, et de créer un gouvernement, le parti Droit et Justice s'est alors entendu avec le parti des paysans en colère, ou Parti de l'Autodéfense (pl: Samoobrona) ainsi qu’avec la Ligue des Familles Polonaises (ultra-catholique). Quelques manifestations dans les rues de la Pologne ont exprimé la déception et le mécontentement, mais n’ont pas rencontré beaucoup d'échos. Cette coalition inattendue a changé le programme du nouveau gouvernement. En dehors de la lutte contre la corruption, qui avait été annoncée depuis longtemps, de nouvelles politiques ont commencé : les politiques précédentes ont été critiquées (également au niveau international), les élites attaquées, la question de l'avortement a été soulevée, le passé remué, le mécontentement envers l'Europe soutenu au plus haut niveau, etc.
 
La politique de changement a continué à endommager l'ordre et la paix publiques. Elle a créé des clivages. Ceci n'était pas nouveau : le comportement des dirigeants rappelait la période d'après 1989, année de la chute du communisme en Pologne. De grandes et lourdes réformes économiques, des « questions de conscience » comme rôle de l'Église dans l'Etat, l'avortement, etc., avaient alors créé de forts mécontentements. Ceci avait autrefois contribué au succès de l'Alliance de la Gauche Démocratique qui, avec une politique plus modérée, avait su répondre au désir de normalisation. Aujourd'hui, le désir de pacification a contribué à la victoire de Tusk, qui apparaît beaucoup plus modéré et beaucoup moins combatif que les Kaczynski.
 
Après les récentes élections, la Plate-forme Civique représente aux yeux de nombreux Polonais un tournant sur la scène politique. Accède au pouvoir un parti du centre, libéral, un parti des villes (plus intellectuelles et laïques) et des classes moyennes. La Plate-forme civique se veut plus modérée et conciliante, comparée au gouvernement précédent. Tusk souhaite améliorer les relations avec la Russie, l’Union européenne, surtout l’Allemagne. Il souhaite accélérer la dynamique économique de la Pologne. Pourra-t-il le faire sans créer, comme ses prédécesseurs, des clivages ?

L’opposant Droit et Justice reste fort (environ 30%) mais a subi une défaite. La Plate-forme civique a reçu (41,39%). Toutefois, ce n'est pas assez suffisant pour gouverner. La Plate-forme voudra sans doute intégrer d’autres formations politiques dans une coalition. Les citoyens peuvent dormir tranquilles : au Parlement, il n’y a pas de parti extrémiste qui soit représenté. Le principal défi, pour Tusk, est de savoir conduire un dialogue avec la population, expliquer ses choix et ses décisions. Est-ce idéaliste de penser cela ?

La vie politique polonaise est très perturbée et ne manque pas de moments forts en émotions, parfois surprenants aux yeux de l'opinion internationale. On peut citer deux raisons majeures à cette hypersensibilité politique : 
- le passé continue de peser : les gens gardent une vive mémoire de l'injustice du régime communiste, du rôle important qu’a joué l'Église dans la lutte pour la liberté, d’une économie déformée par l’Etat, de réseaux à la fois officiels et officieux d’oppression, etc.
- le pays est en transition : les citoyens ont du mal à se familiariser aux changements (on ne compte même plus les réformes ...), et par conséquent, l'impatience se fait parfois entendre chez les Polonais d’un avenir plus serein.
Combien pouvons-nous attendre, sur cette question, de l’orientation plus favorable à l’Europe du nouveau gouvernement polonais ? Sans doute beaucoup !

Michal Mierzwa, pour le GBF