Il y a un an, le 25 mars, la Déclaration de Berlin...

L'Europe fête le 25 mars la signature des Traités de Rome. Il y a un an, jour pour jour, Angela Merkel prononçait la Déclaration de Berlin, destinée à sortir l'Union européenne de l'impasse. 

Le 1er janvier 2007, l'Allemagne a succédé à la Finlande pour présider le Conseil européen pendant six mois. La situation politique en Allemagne était celle d'une « grande coalition » qui oblige les partis populaires de la CDU-CSU (démocrate-chrétien) et du SPD (social-démocrate) à gouverner ensemble. Pour la Chancelière Angela Merkel, l’exercice de la présidence de l’Union européenne par l’Allemagne constitue une sorte de test politique à l’échelle européenne et internationale, susceptible de renforcer ou d’infirmer sa légitimité politique interne.
Le projet de Constitution européenne ayant échoué, les modifications qui avaient été apportées par le traité de Nice, entré en vigueur le 1er février 2003, avaient montré rapidement leur insuffisance pour relever les défis posés par l’élargissement de l’Union européenne à 27 membres. L’Allemagne avait annoncé son intention de conserver en substance le Traité constitutionnel dans un nouveau texte.
La tâche apparaissait particulièrement difficile, en raison de divergences profondes sur le contenu, les objectifs et le fonctionnement de l’Union européenne. Mais à l’occasion de la déclaration de Berlin, prononcée à l’occasion du cinquantième anniversaire du traité de Rome en mars 2007, les vingt-sept chefs d’Etat et de gouvernement se sont engagés à relancer l’Europe. Les élections au Parlement européen de 2009 se tiendront sur une base juridique européenne nouvelle.

La Déclaration de Berlin du 25 mars 2007 est intervenue précisément pour dire la détermination des chefs d’Etats et de gouvernement à asseoir l’Union européenne sur des bases institutionnelles rénovées.
Le texte de la déclaration, qui devait être rendue publique le 25 mars, à Berlin, lors de la cérémonie du 50ième anniversaire du Traité de Rome, était bien sûr chargé d’enjeux historiques. La bataille qui s’ensuivit prouva une fois de plus la difficulté des Vingt-sept à s’entendre. Fallait-il ou non mentionner l'euro, la levée des contrôles aux frontières, de futurs élargissements ? Devait-on parler «d'un» modèle social européen ? L'avenir du Traité constitutionnel devait-il être évoqué ? Lassée, et avec l’accord de Paris, la chancelière Angela Merkel décida d'arrêter toute concertation et de tenir seule la plume, aidée par un écrivain allemand, afin de rédiger « un texte concis, lisible, compréhensible par les citoyens ».

La capacité de la Déclaration de Berlin à obtenir l’adhésion générale n’était nullement gagnée d’avance. Comme l’a relaté Jean Quatremer sur son blog « Les coulisses de Bruxelles », les milieux bruxellois se demandèrent même s'il n'aurait pas fallu rédiger deux déclarations, l'une signée par les six fondateurs qui sont vraiment «ensemble depuis 1957», et l’autre, plus neutre, destinée aux Vingt-sept : « Comme ça, on aurait préfiguré l'Europe du noyau dur », a soupiré un fonctionnaire européen.
Le projet d’Europe à plusieurs vitesses fut écarté. La présidence allemande de l'Union souhaitait rassembler toutes les forces autour d’un texte consensuel. Il fallait aussi satisfaire les Européens convaincus. Daniel Cohn-Bendit, coprésident du groupe Vert, a mis en garde contre un texte banal, au moment où le rendez-vous du 25 mars devait être le premier pas d'une relance de l'intégration communautaire, après deux ans de paralysie.
Il sera finalement affirmé que « l'Europe représente un modèle de société qui lie la compétitivité économique avec la responsabilité sociale et écologique », une formule que viendra expliquer le Ministre des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier. La déclaration évoquera également la paix, les réalisations institutionnelles, politiques et économiques de l'Union, son élargissement à l’Est qui a permis la stabilisation rapide des anciens pays communistes, et son engagement en faveur de la protection du climat, de la paix dans le monde et du développement.

En pleine crise européenne, la Déclaration de Berlin du 25 mars 2007 visait également à créer une sorte d’électrochoc, en période de crise européenne, afin de rappeler l’idéal européen aux Etats-membres et aux citoyens. La Déclaration doit créer un accord suffisant pour dépasser les égoïsmes nationaux. Elle rappelle les valeurs européennes et les principaux défis auxquels l’Europe se trouve confrontée : équilibres géopolitiques, lutte contre le terrorisme et la criminalité, politique d’immigration, lutte contre le réchauffement climatique, etc.
« Grâce à l’unification européenne, le rêve des générations précédentes est devenu réalité. Notre histoire nous commande de préserver cette chance pour les générations futures. Il nous faut pour cela toujours adapter la construction politique de l’Europe aux réalités nouvelles. C’est pour cette raison qu’aujourd’hui, cinquante ans après la signature des traités de Rome, nous partageons l’objectif d’asseoir l’Union européenne sur des bases communes rénovées d’ici les élections au Parlement européen de 2009 ».
Dans son introduction, la Déclaration met à l’honneur la réconciliation de l’Est et de l’Ouest autour du projet européen, dont la réunification allemande est en quelque sorte la figure de proue. C’est la première fois que la lutte fratricide de la France et de l’Allemagne au cours de deux guerres mondiales n’est plus évoquée comme la base historique de la construction européenne.
« Chacun des Etats membres a contribué à l’unification de l’Europe et à la consolidation de la démocratie et de l’Etat de droit. C’est grâce au désir de liberté des hommes et des femmes d’Europe centrale et orientale que nous avons pu mettre un terme définitif à la division artificielle de l’Europe. »

La Déclaration parle bien d’un modèle européen, mais dont le policy mix doit être équilibré : « ce modèle européen concilie réussite économique et solidarité sociale. » En réalité, la Chancelière allemande souhaitait mettre l’accent sur la force économique que représente l’Europe dans le contexte de la mondialisation. « Le marché unique et l’euro nous rendent forts. Nous pouvons ainsi maîtriser, dans le respect de nos valeurs, l’internationalisation croissante de l’économie et une concurrence de plus en plus vive sur les marchés internationaux. »
Le Conseil européen du 8 et 9 mars 2007 a abordé le volet économique et social. A la suite de la Déclaration et du Cinquantième anniversaire des Traités de Rome, le Conseil du 21 et 22 juin serait l’occasion d’aborder l'avenir du traité constitutionnel. En accord notamment avec le Président français fraîchement élu, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel a adopté l’idée d’un « traité simplifié » qui reprendra les éléments centraux du Traité constitutionnel. À l’égard des Etats les plus réticents, l’Allemagne entreprit des négociations bilatérales courageuses.

Lors du Conseil européen de mars, les 27 chefs d’Etat adoptèrent une stratégie commune sur l’énergie et le climat. Les émissions de CO2 devaient être réduites en moyenne de 20% d’ici 2020. La présidence allemande réussit à faire entendre une voix européenne unie et forte, afin de peser davantage dans les négociations, notamment avec les Etats-Unis et la Chine. La stratégie adoptée au Conseil européen de mars s’avéra payante en juin, au sommet du G8 à Heiligendamm.
Le Conseil européen de juin remplit son objectif, qui était de donner à une nouvelle Conférence intergouvernementale (CIG) un mandat clair et détaillé, afin d’élaborer un nouveau texte qui allait devenir six mois plus tard le « traité de Lisbonne ». Le consensus qui se manifesta autour de cette évolution constitue le succès incontesté de la Présidence allemande, même si les sensibilités politiques en Europe s’estimèrent plus ou moins satisfaites du contenu du nouveau Traité.
La Déclaration soulignait ainsi avec lucidité : « La manière dont nous visons et travaillons ensemble dans le cadre de l’Union Européenne est unique en son genre, comme en témoigne la coopération démocratique des Etats membres et des institutions européennes. L’Union européenne repose sur l’égalité des droits et la solidarité. Ainsi, nous concilions de manière équitable les intérêts des différents Etats membres. (...). L’Union européenne continuera à se nourrir à la fois de son ouverture et de la volonté des Etats membres d’approfondir son développement interne. »

La présidence allemande est enfin parvenue à améliorer la réputation de l’Europe auprès de ses citoyens puisque le dernier Eurobaromètre de l’année 2007 soulignait : « La phase de paralysie et de découragement est terminée et que les citoyens ont repris confiance : à la fin de la présidence allemande, le soutien à l'appartenance à l'UE dans l'opinion publique se situe à son plus haut niveau depuis 10 ans ».

Elisabeth Gambert et Marc Foglia, pour le GBF