De la thèse du brain drain à celle de la brain circulation

Le 27 février 2008, le Conseil des ministres allemand a approuvé le premier « Rapport fédéral sur la promotion des jeunes chercheurs » (Bundesbericht zur Förderung des wissenschaftlichen Nachwuchses). Cette action est aussi une réponse à d’importants débats publics en Allemagne, concernant le brain drain réel ou présumé des élites universitaires vers les Etats-Unis.

Cette étape marque l’aboutissement d’un processus engagé voici déjà plusieurs années. Avec la stratégie de Lisbonne, l’Union européenne s’est fixée comme but de devenir jusqu’en 2010 « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». Dans cette optique, la prise en compte sérieuse des jeunes chercheurs revêt évidemment une importance particulière. Si la thèse d’un brain drain global a été réfutée en Allemagne, sur des bases empiriques, pour être remplacée par la vision plus nuancée d’une brain circulation, il n’en demeure pas moins que le milieu de la recherche reste marqué par des perspectives incertaines et de longues phases de précarité professionnelle. Pour s’attaquer à ce problème, il faut bien évidemment se donner les moyens de le cerner. Or, l’Allemagne est dans ce domaine handicapée par sa structure fédérale : l’Education et la Recherche sont – mis à part certaines questions spécifiques – du ressort des Länder. Il n’existe pas d’organisme chargé de collecter des statistiques et de développer des stratégies à l’échelle nationale.

Le rapport, fruit d’une collaboration scientifique de grande envergure, constitue donc une première. Il résume les différentes phases du cycle doctoral, propose des chiffres en fonction d’un panel de critères (sexe, discipline, emplacement géographique, nature du financement, type d’unité de recherche, etc.), dresse un état des lieux des structures et des programmes destinés à accompagner les jeunes chercheurs dans leur début de carrière, évalue leur efficacité, et conclut en proposant une série de réformes visant à éliminer les carences du système actuel et à frayer de nouvelles pistes pour la recherche en Allemagne.
Au vu de l’intérêt suscité par ce document, le projet sera probablement reconduit à chaque législature, de manière à ce qu’une version actualisée soit accessible à tout moment. Un « système d’information » relatif aux statuts et aux perspectives des jeunes chercheurs a été créé, en ligne, pour accompagner cette initiative. Outre la consultation du rapport, il fédère les différents projets, et se définit comme une plate-forme d’échange.

 

Olivier Steffen

Olivier Steffen est normalien, agrégé d'allemand, étudiant en Master européen (ENA)

 

Pour plus d’informations : site du Rapport fédéral sur la promotion des jeunes chercheurs
Pour une bibliographie internationale sur la thèse du brain drain en Europe et ses critiques : Brain Drain ? Brain Gain ? Brain Waste ?