La crise franco-allemande autour du projet d’Union méditerranéenne semble résolue

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se sont retrouvés lundi 3 mars au Salon de Hanovre pour les nouvelles technologies (le CeBIT), dont la France était cette année le partenaire officiel, et sont parvenus à s’entendre au sujet du projet d’union méditerranéenne.

Le projet d'une union économique et géopolitique entre pays riverains de la Méditerranée a été poussé sur le devant de la scène internationale par Nicolas Sarkozy, mais fortement critiqué par certains partenaires européens et notamment par l’Allemagne. La crainte du Gouvernement allemand est que ce projet ne divise l’Union européenne. En créant une union de pays autour de la Méditerranée sur le modèle de l’Union européenne, la France créerait une distinction entre les pays riverains et ceux qui ne le sont pas, et conduit une diplomatie indépendante de celle de l’Union européenne. La France entend prendre la direction de ce nouvel ensemble, dont le sommet préparatoire aura lieu à Paris les 13 et 14 juillet 2008. Certes, la France trouverait là un rôle diplomatique charnière, à l’intersection de l’Union européenne et de l’Union méditerranéenne, et pourrait contrarier ce que certains décrivent comme le tropisme nordique de l’Union européenne. Cette nouvelle Union serait entrée en concurrence avec l’actuel processus de Barcelone, lancé en 1995, qui favorise au niveau européen la coopération avec les pays méditerranéens du Sud et de l’Est.

La Chancellerie allemande avait refusé de signer une déclaration conjointe, comme le lui proposait le Ministre français des affaires étrangères, déclaration qui aurait signifié un blanc-seing donné à la France pour le développement du projet. L’irritation allemande avait monté d’un cran lorsque l’on apprit que ni la Chancelière allemande ni son Ministre des affaires étrangères n’étaient invités aux discussions préliminaires au sommet du 13 et du 14 juillet, et que l’Allemagne, à l’instar des autres pays d’Europe du Nord, se retrouverait sur le banc des spectateurs et pour ainsi dire mise devant le fait accompli. La France, qui prendra les rênes du Conseil de l’Union le 1er juillet, est soupçonnée de vouloir mettre à profit cette période pour faire avancer un projet sans avoir consulté ses partenaires européens et sans avoir réussi à établir de position consensuelle, ce qui signifierait une rupture éclatante par rapport aux règles de base de la vie communautaire.

Lundi 3 mars, l’inauguration du salon informatique de Hanovre était l’occasion pour le Président français et la Chancelière allemande de se retrouver pour évoquer l’importance des nouvelles technologies, et évoquer de nouveaux projets communs dans ce domaine après l'échec du projet de moteur de recherche commun Quaero. C’était surtout l’occasion d’une conversation informelle autour du projet euro-méditerranéen. L’atmosphère était marquée par un souci de conciliation et d’apaisement, après une période de tension, comme le veut la tradition des relations franco-allemandes depuis plus d'un demi-siècle. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy sont tombés d’accord sur le fait que l’Union méditerranéenne devait rester ouverte à l’ensemble des pays européens. C'est une victoire importante de la Chancellerie allemande. Les actions de rapprochement seront conduites sous la forme d’un renforcement et d’une accélération du processus de Barcelone. Le détail des propositions doit être défini en commun et rendu public lors du sommet européen de mars à Bruxelles. Le Président de la République française a déclaré que les deux pays étaient « d’accord sur le fond et dans les détails ». La Chancelière allemande a conclu : « Nous avons bien travaillé ».

Le Président français s’est félicité que 2700 entreprises allemandes soient présentes en France, employant plus de 300 000 personnes, et a souhaité que le flux de personnes et de capitaux entre les deux pays puisse s'accélérer dans un avenir proche, la réalité n'étant pas à la hauteur des possibilités offertes par le droit communautaire, les conventions franco-allemandes, la régularité et la solidité des échanges économiques.
 

Marc Foglia