Tableau de bord européen de l'innovation 2007

Les résultats du Tableau de bord européen de l'innovation sont disponibles pour 2007. Cet outil, appelé en anglais European Innovation Scordeboard, ou EIS, a été développé à l’initiative de la Commission européenne afin d’évaluer les progrès des Etats-membres dans la Stratégie de Lisbonne.

Le Tableau se base sur un certain nombre d’indicateurs, en augmentation cette année. Il concerne, outre les 27 pays européens, la Croatie, la Turquie, l’Islande, la Norvège, la Suisse, le Japon, les Etats-Unis, et pour la première fois cette année l’Australie, le Canada et Israël. L’amplitude et la qualité des données varient fortement d’un pays à l’autre, et sont jugées insuffisantes pour la Croatie, la Turquie, le Japon et le Canada, avec moins de 60% de données actuelles disponibles sur les critères étudiés. Les données doivent également être prises avec précaution pour les Etats-Unis, Israël et l'Australie, ce qui réduit l'importance que l'on peut accorder aux comparaisons en dehors de l'UE.

Le thème de travail que s’étaient fixé les équipes de l’EIS pour l’année 2007 était l’innovation dans les services, ainsi que la prise en compte de facteurs culturels et sociaux corrélativement à la performance des pays, un sujet sur lequel travaille le Groupe des Belles Feuilles.

Le bilan pour l’Union européenne est plutôt flatteur, mais contrasté. La Suède, la Finlande, le Danemark, l’Allemagne et le Royaume-Uni, qui sont les pays européens les plus innovants, se trouvent devant les Etats-Unis. Le Tableau de bord fait apparaître quatre groupes de pays (voir l'illustration graphique) :

  1. Les leaders de l’innovation sont le Danemark, la Finlande, l’Allemagne, Israël, le Japon, la Suède, la Suisse, le Royaume-Uni et les Etats-Unis. La Suède est le pays le plus innovant, comme tous les ans. La raison de ce succès et l'importance des inputs dans l’innovation, la Suède reste moins performante que d’autres pays dans la transformation de ces inputs en outputs.
  2. Le second groupe inclut l’Autriche, la Belgique, le Canada, la France, l’Islande, l’Irlande, le Luxembourg et les Pays-Bas.
  3. Les pays qui innovent modérément sont l’Australie, Chypre, la République tchèque, l’Estonie, l’Italie, la Norvège, la Slovénie et l’Espagne.
  4. Les pays en phase de rattrapage sont la Bulgarie, la Croatie, la Grèce, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la Pologne, le Portugal, la Roumanie et la Slovaquie. La Turquie est loin derrière.

Les groupes de pays sont relativement stables d’une année sur l’autre. Le classement relatif des pays peut changer, mais il est très rare qu’un pays passe d’un groupe à l’autre. Seul le Luxembourg semble sur le point d’entrer dans le premier groupe. La République tchèque, l’Estonie et la Lituanie devraient atteindre la moyenne de l’Union européenne d’ici une décennie.

A la vitesse actuelle de convergence, il faudra toutefois plus de vingt ans pour que les 3° et 4° groupes de pays rejoignent la moyenne de l’Union. Le rythme de progression de Chypre, de la République tchèque, de l’Estonie, de la Lituanie et de la Slovénie est un peu plus rapide. Les équipes de l’EIS forment l’espoir que la République tchèque, l’Estonie et la Lituanie se dégagent du peloton et rattrapent des pays comme l'Irlande ou l'Italie.

L’Union européenne reste en retard par rapport aux Etats-Unis et au Japon. L’écart s’est réduit depuis 2000, mais reste important (voir illustration graphique). Le Etats-Unis gardent leur leadership sur 11 des 15 indicateurs pour lesquels la comparaison est possible, le Japon sur 12 des 14 indicateurs disponibles. La performance de l’Union européenne est supérieure en ce qui concerne le nombre de diplômés du supérieur en sciences, l’emploi dans le secteur manufacturier medium- et high-tech,  les marques et les graphiques déposés au niveau communautaire (« community trademarks and designs »), c’est-à-dire enregistrés à l’Office européen des brevets, à La Hague (NL). L’écart se réduit sur le taux d’équipement en haut débit, le capital-risque d’essaimage (c'est-à-dire les sommes investies au capital de start-up à leur début), les dépenses en technologies de l’information et de la communication, et les brevets. L’écart avec les Etats-Unis augmente sur le financement public de la R&D, et sur l’exportation de produits high-tech.

Les politiques d’innovation devraient mieux prendre en compte les besoins de l’innovation dans les services. En effet, notent les équipes de l’EIS, les services occupent une part de plus en plus importante dans le PIB et l’emploi en Europe, et il serait logique que l'attention qui leur est due augmente. Les instruments de mesure actuels favorisent à l'inverse l’innovation dans les biens de consommation au détriment des services, lorsqu’il s’agit d’évaluer les besoins de soutien public. Une aide publique mieux conçue pourrait ainsi améliorer les performances de l’innovation européenne. Il est possible, en outre, que l’innovation dans les services soit encore mal mesurée.

Les équipes de l’EIS ont déterminé 26 indicateurs afin d’intégrer dans la mesure de l’innovation un environnement plus large. En dehors du PIB, ce sont les différences en termes de capital social et de flux technologiques sont des facteurs-clé de la performance dans l’innovation.

Les recommandations de l’EIS portent aussi sur la capacité des Etats-membres à transformer les investissements en résultats ("inputs into outputs"). Pour établir son classement, l'EIS se base simultanément sur les investissements et les résultats, ce qui cache d’importantes disparités entre ces deux aspects d’un pays à l’autre. Des pays faisant partie du premier groupe, celui des leaders dans l’innovation, pourront ainsi obtenir de piètres résultats en termes économiques, tandis que des pays situés dans les groupes inférieurs auront une efficacité bien supérieure.

Enfin, l’innovation mesurée à l’aune de la R&D ne doit pas faire oublier que la moitié de l’innovation ne vient précisément pas de la R&D. La recherche-développement est certes l’un des facteurs de l’amélioration de la productivité, et le thème privilégié des experts. Il n’en est pas moins vrai que près de la moitié des entreprises innovantes en Europe innovent sans faire de R&D, par exemple à travers l’organisation du marketing et de la logistique. Les pays les moins innovants ont le taux le plus important d’innovations de ce type. On doit en conclure qu’en fonction des pays, il existe des besoins différents en termes d’innovation R&D ou non-R&D, de manière à adapter au mieux l’efficacité des politiques publiques.

Où se situe la France ? La France demeure légèrement plus innovante que la moyenne des pays européens, mais nettement moins vite que les pays les plus innovants. Elle bénéficie d’un nombre élevé de diplômés du supérieur et d’une forte dépense publique dans le secteur de la recherche. On notera aussi le bon niveau de collaboration entre PME. Quatre facteurs sont en revanche notés en rouge par Bruxelles : la formation permanente, encore peu développée et surtout peu adaptée, le soutien public à l'innovation, qui fonctionne mal, le capital-risque d'essaimage et le nombre de marques communautaires déposées. La France dispose de moyens scientifiques pour susciter l'innovation, au départ de la course, mais peine à soutenir la distance (brevets, formation continue, mise sur le marché de produits et de services innovants). L'Allemagne est dans une position symétriquement opposée, : elle forme moins de scientifiques et moins de diplômés du supérieur, mais obtient de très bons résultats sur la mise en marché de nouveaux produits (voir Annie Kahn, « La France pourrait être moins innovante que la moyenne des pays européens en 2013 », Le Monde, 16.02.08).

 

Marc Foglia, pour le GBF