L'Europe veut-elle tuer le Smic?

Retour sur le paquet emploi et sur l’avènement progressif d’une politique sociale européenne

Samedi 23 Mars 2013 à 9h

Le mercredi 18 avril 2012, la Commission européenne a dévoilé une communication dans laquelle elle propose une série de mesures en faveur de l’emploi et de la croissance, incluant des salaires minimaux « décents » mais aussi leur différenciation par branche. Un message sensé s’adresser à l’Allemagne, où les salaires sont jugés trop faibles par rapport à la productivité des travailleurs. Un message qui marque en tous cas une inflexion  notable du discours de la Commission. Longtemps considéré comme un frein à l’embauche, le salaire minimum est pour la première fois cité comme un élément de lutte contre les trappes à pauvreté et à bas salaires.

L’Allemagne est aujourd’hui montrée du doigt, à la suite de l’évolution inquiétante du nombre de travailleurs pauvres. Certains économistes estiment en effet que la compétitivité allemande s’est bâtie sur une modération salariale excessive, au détriment de ses voisins. Mais d’autres pays se dispensent également d’un salaire minimal légal : Chypre, Danemark, Finlande, Italie et Suède, où l’on privilégie des accords de branche. Alors qu’un renforcement de la gouvernance économique est à l’étude, cette question met en lumière une fois encore des divergences importantes entre les pays de la zone euro et au sein du couple franco-allemand.

En France, en pleine campagne présidentielle, la communication a fait grand bruit : Marine LE PEN, candidate du Front national, a affirmé que l’Union européenne voulait « tuer le SMIC ». L’instauration d’un salaire différencié par branche se heurte en effet à la conception française du Smic. À l’opposé, Karima DELLI, députée européenne Les Verts/ALE, a réagi en proposant un « Smic européen ». Mais la plupart des réactions rappellent aussi que l’Union européenne n’a que peu de compétences en matière sociale, domaine sensible largement réservé aux gouvernements nationaux.

L’Union européenne veut-elle donc « tuer le SMIC » ? Le peut-elle ? Un renforcement de la gouvernance économique est-il imaginable sans implications pour la politique sociale ? Un salaire minimum européen est-il souhaitable ?

Pour répondre à toutes ces questions, nous accueillerons des représentants des partenaires sociaux européens et un expert de l’Europe sociale :

  – M. Maxime CERUTTI, directeur du département des Affaires sociales de Business Europe, association européenne de défense des intérêts des entreprises privés ;

  – M. Patrick ITSCHERT, secrétaire général adjoint de la Confédération européenne des syndicats de salariés ;

  – M. Étienne GRASS, directeur du cabinet de la ministre des Droits des femmes et porte-parole du Gouvernement, ancien conseiller social à la représentation permanente de la France auprès de l’Union européenne.

Animation - Modération : Marine Heilaud