"Si nous devons aller loin, partons ensemble !" Enrico Letta livre au Groupe des Belles Feuilles ses perspectives sur l'Europe

“Il est un proverbe africain qui dit: si vous devez aller vite, partez seul. Si vous devez aller loin, partez ensemble.” Venu à la rencontre du Groupe des Belles Feuilles lundi 1er juin au restaurant du Sénat, l’ex-Président du Conseil italien Enrico Letta a su montrer ses couleurs dès son incipit. Européen convaincu, son cheval de bataille est la lutte contre les populismes qui menacent de diviser les nations du vieux continent. “Nous sommes dans une situtation dans laquelle, pour gagner des voix aux élections, il faut dire du mal de l’Europe,” s’indigne-t-il. Et ce malgré la nécessité de faire front commun face aux émergents, dont le poids économique dépassera celui de l’Union Européenne d’ici 2016. Le défi pour lesinstitutions européennes ? Parler directement aux Européens, car “les gouvernements nationaux s’adressent sans médiation à leurs citoyens. L’UE le fait par l’intermédiaire des conférences de presse. C’est l’équivalent d’un combat de boxe où l’un des boxeurs boxerait avec un bras derrière le dos.”

Pas de déprime pour autant. Enrico Letta a affiché sa confiance dans une Europe unie, héritière des grands hommes qui l’ont façonnée comme d’une culture toute particulière. “Nos valeurs à nous sont différentes de celles qui génèrent les grands choix dans le reste du monde: la démocratie, les droits des travailleurs, l’environnement,” affirme-t-il. Des valeurs qu’il estime indissociables du devoir d’assistance aux réfugiés issus des pays en crise, mais également des savoirs traditionnels qui font la qualité de nos produits artisanaux : “quand nous mangeons, nous savons d’où vient le produit. Nous connaissons sa qualité, son histoire.”

M. Letta a proposé plusieurs pistes pour l’avenir de l’Union et pour celui des jeunes générations d’européens qui peupleront l’Europe de demain. L’Europe à deux vitesses, d’abord, pour pouvoir maintenir des liens solides entre des nations qui ne souhaitent pas pour autant avoir toutes le même niveau de responsabilité dans l’appareil européen. Mais aussi l’Europe de la culture, de l’enseignement et de la recherche: “il faut envisager un Erasmus des teenagers,” a affirmé M. Letta à titre d’exemple, avant, plus tard, de rappeler l’impératif de concevoir des initiatives transfrontalières dans ces domaines.

Partisan d’un système de gouvernement moins dominé par des professionnels de la politique, Enrico Letta s’apprête, comme pour montrer l’exemple, à quitter le parlement italien au mois de juin. Il rejoindra en septembre Sciences Po Paris en qualité de doyen de l’Ecole des Affaires Internationales. Interrogé sur son choix en faveur la capitale française, il a répondu : “Paris est l’un des centres de l’Europe. Venir à Paris, c’est vivre une vie plus riche intellectuellement. Et ce diner en est déjà la preuve.”