Données en ligne : la mainmise de l’industrie américaine sur la vie privée des utilisateurs européens

Il est urgent que les européens se mobilisent contre la domination américaine en matière d’exploitation des données privées. Un rapport incisif sur l’état du monde numérique en Europe vient d’être publié. Il a été rédigé par Dimitri Nouveau pour le Groupe des Belles Feuilles, et interpelle les européens sur la menace que posent les géants américains de l’industrie numérique sur l’avenir de leur vie privée, tout comme sur la santé du secteur.

Sans détour, le rapport met en cause les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) dans la situation de désinformation des utilisateurs. Ces structures économiques sont fondées sur la publicité, qui constitue 92% des revenus de Facebook, et 90% des revenus de Google. Or, les géants du web ne sont pas rémunérés uniquement pour afficher des bandeaux publicitaires et autres vidéos pop-up sur leurs sites. Google, Facebook, mais aussi les grands médias en ligne transmettent les données de leurs usagers aux annonceurs, et aux tierces parties, qui désirent mieux cibler leurs campagnes publicitaires. Le pré-requis ? Maintenir les internautes dans le flou, pour s’assurer de leur consentement. Pari réussi, car selon une étude citée dans le rapport “les internautes ont certes compris qu’il existait une contrepartie au service proposé, mais une grande partie ignore qu’il s’agit du traitement de leurs données.”  

Mais quelles sont-elles, ces données ? A travers les cookies qui s’accumulent sur les ordinateurs, portables et tablettes des usagers, les courtiers en données, véritables commerçants de données privées, répertorient les comportements, habitudes de navigation, position GPS, mais aussi les adresses IP et postales des internautes afin de les revendres aux annonceurs. Une des ces entreprises, prise comme exemple dans le rapport, se vante d’avoir fiché 80% des ménages français, dans l’objectif de permettre aux annonceurs de mieux cibler leurs campagnespublicitaires. Ce courtier en données “dispose également de 15 millions de numéros de téléphone, et de 46 millions d’adresses mail, toutes associées à une adresse postale.

Est-il autorisé de ficher ainsi les utilisateurs ? Dans l’ensemble, les pressions des lobbys du numérique aux Etats Unis comme en Europe ont permis aux géants du numérique de maintenir un cadre légal qui permet le juteux commerce des données privées. Selon lauteur,  les GAFA “n’ont jamais intégré le consentement des utilisateurs au fonctionnement de leurs services, et préfèrent exploiter les limites du cadre juridique, ou régler des amendes dérisoires, pour continuer à collecter librement des données.” De fait, les courtiers en données opèrent quasiment sans contrainte des deux côtés de l’Atlantique, ce qui permet notamment à la NSA américaine de récupérer, grâce à ses accords avec les GAFA, les données de centaines de millions d’individus.

Pourtant, le cadre pourrait évoluer dans le sens des utilisateurs. Le verdict récent d’un procès fait à Facebook par un internaute européen a invalidé une partie du cadre légal d’échange des données avec les Etats-Unis. Mais, selon le rapport, les courtiers en données et les géants du web creusent leur propre tombe, en maintenant l’opacité sur leurs propres pratiques et, ce-faisant, en brisant la confiance des internautes qui sont à la base de leur modèle économique. Comme le secteur financier, victime des ses propres travers lors de la crise de 2008, “le jour où des millions d’internautes subiront de plein fouet les conséquences de la marchandisation de leur identité, l’industrie numérique devra se réinventer.”

 

Rapport accesible en intégralité ici.