Quelle dynamique autour de la future présidence française de l'UE ? - Guillaume Klossa

29/11/2007 19:30
29/11/2007 21:30

Quelle dynamique autour de la future présidence française de l'Union européenne ? La France présidera le Conseil de l'Union européenne le 1er juillet prochain. Quels sont les enjeux de cette présidence ? Dans quel contexte s'inscrit-elle ? Comment la société civile et le monde des idées peuvent-ils y contribuer ?   

Autour de Guillaume Klossa Conseiller auprès de Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes (Ministère des Affaires étrangères et européennes), ancien président fondateur de l'ONG EuropaNova.

Compte-rendu de la conférence de Guillaume Klossa, le 29 novembre 2007, à la fondation Mallet-Stevens

L’Europe telle que nous la connaissons repose sur des valeurs. La dignité humaine, avec l’abolition de la peine de mort, la liberté de se déplacer et d’entreprendre, la sécurité, qui s’assume de manière solidaire, et le respect de différences pourtant considérées comme  non essentielles. Toutes ces valeurs sont porteuses d’une identité européenne. Par ailleurs, l’Europe existe aussi comme force juridique. Que serait un système juridique sans inspiration politique ? Inversement, qu’est-ce que pourrait être une communauté politique, sans communauté juridique ? Il est urgent de donner à l’Union européenne une plus grande consistance politique.

Les institutions européennes devraient s’orienter dans cette direction, à l’occasion des élections au Parlement européen, prévues en juin 2009. Au lieu d’avoir une présidence tournante, comme c’est le cas actuellement, le nouveau Traité prévoit que le président du Conseil exercera un mandat de deux ans et demi, renouvelable une fois, et fera véritablement figure de Président de l’Union. Pour les affaires étrangères, le Haut Représentant verra ses attributions étendues - même s’il n’aura pas le titre symbolique de « ministre ». L’initiative citoyenne permettra à une pétition signée par un million de citoyens d’être soumise et examinée par les institutions. 

Les Européens doivent être fiers de ce qu’ils ont construit ensemble. La participation des citoyens à l’identité européenne est un défi que les médias, la classe politique et l’école devraient mieux assumer. A l’occasion des Etats généraux de l’Europe, dont il avait été l’instigateur (Lille, mars 2007) Guillaume Klossa affirmait : « nous société civile, n’avons pas non plus réussi à nous organiser pour nous faire entendre ». Ce déficit de démocratie participative dans l’Union doit être surmonté.

Dans la notion d’’identité européenne, « identité » renvoie au passé, alors que le terme « européen » regarde vers l’avenir. Quels sont les projets susceptibles de donner du sens à l’Europe aujourd’hui ? Lorsque le programme Erasmus a été élaboré, au début des années 1980, les objections ont fusé de toutes parts, y compris en France. Aujourd’hui, le programme a permis à 1,5 million de jeunes de découvrir une autre langue et une autre culture en Europe : c’est à la fois beaucoup, et trop peu, au regard des 492 millions de citoyens que compte actuellement l’Union. Faisons du développement de la mobilité étudiante une priorité de l’Union, lors de la présidence française.

Les attentes sont grandes à l’égard de la présidence que nous allons exercer. Il faudra préparer l’après-Traité en initiant les grandes politiques à mettre en œuvre. Le contexte devrait être favorable : les institutions européennes souhaitent que le Traité entre en application avant les élections européennes du printemps 2009, et que les changements soient largement perçus par les citoyens. L’Etat-membre à qui incombe la présidence hérite d’une charge et d’un calendrier définis dans leur quasi-totalité ; la marge de manœuvre est mince pour lancer des initiatives. C’est plutôt dans la qualité de l’impulsion et l’intelligence des actions de coordinations que se remarque une bonne présidence. Les orientations générales établies par la France sont d’ores et déjà partagées avec la Commission européenne, ce qui n’était pas le cas en 2000, lors de la dernière présidence exercée par la France. 

Guillaume Klossa rappelle l’importance politique de la mobilité des jeunes et de l’identité audiovisuelle en Europe. Ce sont deux sujets déterminants pour le sentiment d’appartenir à une communauté européenne. La France souhaite associer plus étroitement que par le passé la société civile. Un grand débat sur l’Europe et les attentes de citoyens sera organisé, sous forme deconventions thématiques (immigration, sécurité, défense, politique énergétique, développement durable, etc.). Les travaux seront synthétisés sous la forme de livres blancs, qui viendront enrichir les réflexions et les rapports du Conseil. L’Europe de demain a besoin de la réflexion et des intérêts de la société civile aujourd’hui.