Mieux expliquer le sens de l'Europe

L'information sur l'Europe telle qu'elle est pratiquée actuellement souffre d'un manque de sens et de mise en perspective. L'avènement de nouveaux outils d'information, et notamment Internet, peut pallier en partie ces lacunes à condition, toutefois, qu'un large public y ait accès. En France, des efforts particuliers ont été consentis par les pouvoirs publics pour permettre aux Parisiens mais aussi aux provinciaux de se connecter sur le web par l'intermédiaire du centre d'information "Sources d'Europe".

La grande difficulté de l'information européenne consiste à expliquer des politiques, des programmes, des circuits de décision, mais aussi à rappeler le sens du projet européen. Depuis quelques années, on assiste à une floraison de "professionnels de l'Europe", capables de décortiquer des programmes de la Commission européenne comme "Natura 2000", "LIFFE", "NOW" ou le deuxième volet de "COMENIUS". Le plus souvent, toutefois, ces experts ignorent le cadre dans lequel sont apparus les programmes, pourquoi ils ont été rendus possibles aujourd'hui et non pas il y a vingt ans, et pourquoi l'Europe a bien commencé le 9 mai 1950 et non le 25 mars 1957. À ce constat s'ajoutent d'autres considérations. Les institutions européennes sont, elles-mêmes, prises dans des contradictions naturelles: comment, en effet, parvenir à concevoir une stratégie d'information cohérente (ce qui suppose un consensus politique) tout en demandant à chaque département (chaque "DG", comme l'on dit à Bruxelles) de faire connaître rapidement aux publics concernés, dont les demandes sont le plus souvent concrètes, pragmatiques, voire prosaïques, la teneur et les implications des programmes européens? Une anecdote illustre bien cette contradiction. En règle générale, les questions que les personnes âgées posent sur l'euro tournent principalement autour de la nécessité ou non d'avoir deux porte-monnaie; ou bien si leurs commerçants auront la bienveillance de pratiquer le double affichage des prix. Leur expliquer la nécessité d'avoir une monnaie qui fasse jeu égal avec le yen et le dollar (même si la valeur de leur retraite en dépend) ou rappeler que, déjà en 1961, Jean Monnet avait proposé la création d'un fonds de compensation monétaire européen, n'apparaît du coup plus très évident.

Un meilleur accès à Internet pour le grand public

Pourtant, la demande d'explication du sens est là. Le ministère de l'Éducation nationale l'a bien compris puisqu'il prépare, à la demande des enseignants, un document de référence faisant le lien entre l'euro et la citoyenneté européenne. Le ministère des Finances également, après avoir légitimement axé sa campagne d'information sur l'euro autour du thème "comment passer à la monnaie unique", intègre davantage aujourd'hui la dimension du "pourquoi l'euro". Les institutions européennes, qui participent financièrement à cette campagne, y sont certainement pour beaucoup. Les nouveaux outils d'information, notamment électroniques, créent de nouvelles opportunités pour combler ce manque de sens dans l'explication de l'Europe. Les liens hyper-texte, qui donnent au web toute sa dimension, offrent une occasion unique de mettre l'actualité en perspective, de faire le lien entre l'euro et les pères fondateurs, entre les programmes culturels de la Commission européenne et le rôle historique du Conseil de l'Europe, entre le Conseil des ministres européens et la réforme des fonds structurels. Aussi serait-il bon de mieux faire connaître ces nouveaux outils. Le dispositif, désormais, existe. Il faut l'utiliser puisque, grâce à l'action de Pierre Moscovici, le ministre en charge des Affaires européennes, le centre d'information "Sources d'Europe" (1) offre la possibilité au grand public parisien — mais aussi à celui de province par l'intermédiaire de relais décentralisés (les "info-point-Europe") auxquels la Commission européenne apporte son soutien — d'obtenir réponses et documents sur l'Europe, orientations et animations en partenariat avec l'ensemble des relais et réseaux européens existants.

La maison de Jean Monnet : un "laboratoire vivant" de l'explication du sens de l'Europe

Cette mutation de l'information européenne, les amis de Jean Monnet l'avaient anticipée. Des précurseurs, comme Étienne Hirsch, Paul Delouvrier, Pierre Uri, François Fontaine, jusqu'aux continuateurs actuels de leur action, tous ont voulu marquer l'importance de l'explication du sens de l'Europe en consacrant un lieu symbolique à ce travail de fond, notamment vis-à-vis des jeunes Européens. En 1984, le Parlement européen a racheté à la famille de Jean Monnet sa maison, située dans les environs de Paris, près de Monfort-l'Amaury. Après l'avoir restaurée,il en a confié la gestion et l'animation à l'association des amis de Jean Monnet, devenue aujourd'hui l'Association Jean-Monnet. En 1998, plus de 15000 scolaires, dont un grand nombre de lycéens et d'apprentis, sont venus dans cette maison grâce au concours financier du conseil régional d'Ile-de-France pour y évoquer toutes les questions qu’ils se posent sur l’Europe et trouver des réponses. Les opportunités offertes par les programmes communautaires en matière d'échanges de jeunes, de stages ou d'études à l'étranger (et quel bilan enthousiasmant l'Europe peut offrir sur ces sujets!) leur sont, bien sûr, expliquées en priorité. Mais, dans ce lieu symbolique, ils prennent aussi conscience de l'aventure historique de "la Communauté", du rôle des hommes et des femmes qui enont été les créateurs, de l'importance des institutions. La maison de Jean Monnet, qui aurait pu n’être qu'un musée, est ainsi devenue un laboratoire vivant de l'explication du sens de l'Europe. Dans tous les pays d'Europe, des éducateurs s'intéressent à son exemple. Ils pourront collaborer au projet de cahiers pédagogiques européens que l'Association prépare. Preuve que la "méthode Monnet", dont l'un des préceptes était "agir sur un point limité mais décisif", a encore de beaux jours devant elle.