L'opinion publique européenne en 1997 : l'Europe doit jouer un rôle plus important

Toujours en tête parmi les Européens les plus convaincus, les Irlandais, les Luxembourgeois et les Hollandais dépassent à une large majorité des pays comme la Suède, l'Autriche ou le Royaume-Uni, beaucoup plus sceptiques quant à leur appartenance à l'Union et aux bénéfices qu'elle peut leur apporter, ou l'Allemagne et la Finlande. En tendance longue (1992-1997), ce sont les Français qui conçoivent le mieux la double appartenance à leur pays et à l'Europe, ainsi que les Italiens et les Luxembourgeois. Parmi les principales préoccupations des Européens, et les domaines dans lesquels ils souhaiteraient voir l'Union intervenir en priorité, on trouve la lutte contre le chômage à une écrasante majorité (92%), celle contre la pauvreté et l'exclusion (89%), contre le crime organisé et le trafic de drogues (88%) ainsi que le maintien de la paix et la garantie de la sécurité en Europe (88%) ou la protection de l'environnement (85%). En revanche, l'introduction de la monnaie unique n'est une priorité que pour un Européen sur deux, et l'élargissement, pour un Européen sur quatre ! Ces résultats, combinés à ceux obtenus auprès des jeunes Européens qui — pour la première fois — ont été interrogés en 1997, devraient faire réfléchir les responsables nationaux et européens sur le degré d'intégration qu'il conviendrait de donner à leurs politiques à un niveau communautaire.

L'année 1997 a été particulièrement riche en enjeux, thèmes et événements intéressant l'Union européenne. Pour n'en citer que quelques-uns, parmi tant d'autres, évoquons la signature du traité d'Amsterdam, le Sommet de l'emploi de Luxembourg, la finalisation des préparatifs techniques pour l'introduction de l'euro, le choix du graphisme commun des pièces et des billets, l'accélération du processus d'élargissement à certains pays d'Europe centrale et orientale, l'accent mis sur la sécurité alimentaire suite à la "crise de la vache folle". Comme chaque année, depuis maintenant vingt-cinq ans, l'Eurobaromètre a recueilli et analysé, au printemps (1) et à l'automne (2) 1997, l'opinion des Européens sur des thèmes d'intérêt communautaire très variés : soutien à l'appartenance de son pays à l'UE, bénéfice perçu de cette appartenance, soutien à la monnaie unique, niveau d'information sur l'Union, sentiment européen, connaissance des droits des citoyens d'Europe, etc. Par ailleurs, il a paru intéressant de retracer ici l'évolution de l'identification européenne, telle que ressentieet exprimée par les Européens eux-mêmes, au cours des cinq dernières années. Enfin, une étude spécifique auprès de 9400 jeunes Européens (3) a été réalisée en 1997. Leur vie, leurs opinions, leurs connaissances et leur rapport à l'Europe— notamment — ont ainsi pu être étudiés en détail, pour la première fois depuis plusieurs années.

Opinions sur l'Union européenne, ses politiques, ses institutions

Le regard porté par les Européens sur l'Union européenne, ses politiques et son évolution a été analysé à travers deux séries de questions : les questions générales, telles que le soutien à l'appartenance de son pays à l'UE, le bénéfice perçu de cette appartenance ou encore le bénéfice escompté à l'horizon 2002, d'une part ; les questions sur les évolutions institutionnelles et les grands domaines d'action politique (monnaie européenne, élargissement, etc.), d'autre part.

1 - Soutien à la construction européenne, bénéfice perçu et escompté

1.1- "D'une façon générale, pensez-vous que le fait pour notre pays de faire partie de l'Union européenne est une bonne chose, une mauvaise chose, une chose ni bonne ni mauvaise ?"

En 1997, près d'un Européen sur deux (46% au printemps et 49% en automne) apportait son soutien à l'appartenance de son propre pays à l'Union européenne. Seuls 15% (puis 14%) d'entre eux estimaient qu'il s'agissait d'une "mauvaise chose", et moins d'un tiers (30 et 28%) déclaraient que ce n'était "une choseni bonne ni mauvaise". Dans l'ensemble, au niveau des quinze États membres,on observe une augmentation du soutien net à l'UE entre le printemps et l'automne 1997. L'analyse par variables socio-démographiques montre que les plus attachés à l'appartenance à l'UE sont les hommes, les personnes ayant terminé leurs études à/après l'âge de 20 ans ou étudiant encore et les cadres. Les plus sceptiques à cet égard sont les personnesâgées de 55 ans et plus, celles qui ont quitté le système scolaire avant l'âge de 16 ans, les plus bas revenus, les ouvriers, les chômeurs et les personnes au foyer.

1.2- "Tout bien considéré, estimez-vous que votre pays a bénéficié ou non de son appartenance à l'Union européenne ?"

Le bénéfice perçu de l'appartenance de son pays à l'UE est nuancé : lors de la vague Eurobaromètre du printemps 1997, 41% des Européens estimaient que leur pays tirait profit de cette appartenance, 36% pensaient le contraire, et 23% ne se prononçaient pas ; quelques mois plus tard, en automne, ils étaient 44% à penser que leur pays avait bénéficié de son engagement européen, 35% à exprimer l'opinion contraire, et 21% à déclarer ne pas savoir. Les plus convaincus des bienfaits afférents à l'appartenance de leur pays à l'Union sont, quasiment comme l'année précédente, les Irlandais (88% d'opinions "notre pays a bénéficié de son appartenance à l'UE"), les Luxembourgeois, les Néerlandais, les Grecs et les Portugais (entre 65 et 70% d'avis positifs). Il est à noter que les Danois répondaient affirmativement à cette question à 61% au printemps, et à 67% en automne. Les moins enclins à reconnaître les bénéfices tirés de l'appartenance à l'Union étaient les Suédois (17% d'avis favorables et 54% d'opinions contraires, au printemps, soit un différentiel de 37 points ; respectivement, 21% et 61%, en automne, soit une différencede 40 points), puis les Finlandais, les Autrichiens et les Allemands (l'option négative — "n'a pas bénéficié" — a recueilli, en moyenne, dans ces pays, 10 points de plus que l'opinion "a bénéficié"). À l'échelle des Quinze, les plus conscients d'un tel bénéfice étaient les hommes, les personnes les plus éduquées, celles disposant des plus hauts revenus, les cadres et, logiquement, ceux qui estimaient que l'appartenance de leur pays à l'Union européenne était "une bonne chose". Les femmes, les plus de 55 ans, les personnes ayant quitté l'école avant l'âge de 20 ansou disposant de faibles revenus, les ouvriers, les chômeurs et les femmes/hommes au foyer se montraient clairement plus sceptiques à cet égard.

1.3- L'Eurobaromètre : vitesse perçue et souhaitée de l'intégration européenne (4)

De façon générale, les Européens souhaitent une accélération de la construction européenne. Sur une échelle de 1 à 7 (où 1 est la position immobile, et 7 représente la vitesse la plus importante), ils estiment que l'intégration européenne progresse actuellement à une vitesse de 3,8 alors qu'ils souhaiteraient qu'elle se poursuive au rythme de 4,7. Le différentiel se situe, en 1997, à près de 1 point. La vitesse perçue est plus importante en Irlande (4,3), en Finlande (4,1), en Espagne et au Danemark (4,0), et plus faible en Suède (3,4), en France et en Belgique (3,5). La vitesse souhaitée varie également, et de façon importante,d'un pays à l'autre : elle est plus élevée dans les pays méditerranéens (5,7 au Portugal ; 5,6 en France et en Italie ; 5,4 en Espagne) et plus faible en Finlande (3,8), en Suède (3,9), au Royaume-Uni et au Danemark (4,0). On note dans tous les pays, excepté la Finlande et le Danemark, une différence positive nette entre "vitesse désirée" et "vitesse perçue". Les Grecs (différence nette : +2), les Italiens (+1,9), les Portugais (+1,8) et les Espagnols (+1,4) sont ceux qui souhaitent les progrès les plus rapides de l'intégration européenne. En Finlande, la différence nette est négative (-0,3) ; elle est nulle au Danemark. Pour l'opinion publique, l'intégration européenne se poursuit aujourd'hui à un rythme légèrement plus soutenu qu'en 1996 (+0,3 point). Et, dans la même période,la vitesse désirée est passée de 4,6 à 4,7. Toutefois, on remarque un tassement du différentiel entre "vitesse désirée" et "vitesse perçue" : il y a onze ans, lorsque la question fut posée pour la première fois, la vitesse désirée était de 2 points supérieure à la vitesse perçue ; elle n'est plus supérieure aujourd'hui "que" de 1 point.

1.4- "Tout bien considéré, estimez-vous que, dans cinq ans, votre pays bénéficiera ou non de son appartenance à l'Union européenne (5) ?"

Cette question prospective a été posée dans la vague de printemps. Les résultats traduisent, dans l'ensemble, l'optimisme et l'espérance des citoyens d'Europe. En effet, 47% des Européens jugent que, dans un lustre, leur pays bénéficiera de son appartenance à l'UE. 27% d'entre eux pensent le contraire, et un sur quatre ne se prononce pas. Les Luxembourgeois (67% de réponses "bénéficiera"), les Irlandais et les Néerlandais (63%), les Italiens et les Grecs (60%) se montraient les plus optimistes. À l'inverse, les Allemands (36% "bénéficiera" et 41% "ne bénéficiera pas") et les Britanniques (32% et 37%, respectivement) s'attendaient moins à tirer profit de leur appartenance à l'Union, à l'horizon 2002. L'analyse par variables socio-démographiques montre que ceux qui expriment un plus grand optimisme sont les hommes, les moins de 40 ans, les plus éduqués, les personnes disposant d'un revenu moyen-supérieur, les cadres, autres "cols blancs" et indépendants : logiquement, on retrouve encore une fois les sous-groupes les plus favorables à la construction européenne.

1.5- Importance perçue et souhaitée de l'Union européenne au début du siècle prochain(6)

La plupart des Européens pensent que, à l'aube du XXIe siècle, l'Union européenne jouera un rôle plus important (46%) ou au moins aussi important qu'aujourd'hui (34%) dans leur vie quotidienne. Seuls 7% croient qu'elle jouera un rôle moins important. Pour 60% des Italiens, 58% des Grecs, 54% des Portugais, 52% des Danois, 51% des Hollandais, 50% des Français et des Irlandais, l'UE aura plus d'importance au quotidien. Les Allemands (34%) et les Belges (38%) sont les moins enclins à partager cette vision. Il convient de souligner que, quelles que soient leurs caractéristiques socio-démographiques, moins de 10% des personnes interrogées pensent que l'Union jouera un rôle moins important dans les années à venir. Mais, au-delà du rôle escompté, 46% des Européens souhaitent que l'Union européenne joue un rôle plus important dans leur vie quotidienne au début du siècle prochain, et 29% qu'elle ait une importance au moins égale à celle qu'elle a à ce jour. Les Grecs (72%), les Italiens (68%), les Portugais (66%), les Français (54%) et les Espagnols (47%) sont ceux qui souhaitent le plus que le rôle de l'UE devienne plus important. À l'opposé, 29% des Danois, 25% des Suédois, et 21% des Finlandais espèrent qu'elle aura alors moins d'importance.

2 - Prioriés pour l'UE, questions d'actualité et soutien au politiques clés - le chemin de Maastricht à Amsterdam, et d'Amsterdam à...

2.1- Priorités assignées par les Européens à l'UE et autres politiques
a-Les domaines d'action prioritaires(7)

Pour l'opinion publique européenne, la lutte contre le chômage au niveau communautaire est, à 92%, la priorité des priorités. Suivent la lutte contre la pauvreté et l'exclusion (89%), la lutte contre le crime organisé et le trafic de drogues (88%), le maintien de la paix et la garantie de la sécurité en Europe (88%), la protection de l'environnement (85%). La garantie des droits, des libertés individuelles et des principes démocratiques en Europe est une priorité pour 79% des Européens. La protection des consommateurs et la garantie de la qualité des produits sont également citées par 79% des répondants. L'introduction de la monnaie unique européenne, l'euro, est une priorité pour un Européen sur deux (mais pour 70% des Italiens, 66% des Français, 64% des Grecs et 62% des Néerlandais), alors que l'élargissement n'est cité que par un sur quatre (mais par 61% des Danois et 47% des Grecs).

b-Questions d'actualité : pour ou contre ?

Pour 85% des Européens (contre 8%), il doit y avoir à l'école des enseignements portant sur l'Unioneuropéenne. 69% des personnes interrogées jugent que les membres de la Commission européenne devraient avoir le soutien du Parlement européen ; en cas contraire, ils devraient démissionner. Sept Européens sur dix (contre 19%) sont favorables à une politique de défense et de sécurité commune, et 63% (contre 21%) à une politique extérieure commune. Par ailleurs, et pour 74% des Européens, la coopération avec les pays en voie de développement constitue un domaine d'action privilégié au sein de l'Union européenne. Le droit de vote aux élections locales est reconnu à tous les citoyens de l'Union, quels que soient leurs lieu de résidence et nationalité, par 52% (contre 35%) des interviewés. Mais seuls 43% des Européens sont favorables à ce qu'ils puissent également être candidats, et 44% d'entre eux y sont opposés.

2.2- Soutien aux politiques clés
a-Soutien à la monnaie unique(8)

Au printemps 1997, 47% des Européens étaient favorables à l'introduction de la monnaie unique européenne, et 40% s'y déclaraient opposés. Entre 1993 et 1996, le soutien à la monnaie unique était resté inchangé, aux alentours de 52% d'opinions favorables. La légère diminution constatée en début d'année 1997 semble résulter d'une prise de consciencede l'approche de la date d'introduction, de l'importancedu changement et d'un certain déficit d'information en la matière. Les Italiens (74%), les Luxembourgeois (67%), les Grecs (65%) et les Irlandais (62%) étaient les plus favorables à l'euro, alors que les Finlandais (62% contre), les Britanniques (61%) et les Danois (60%) s'y déclaraient clairement opposés. L'analyse des variables démographiques standard indiquait à l'époque un plus grand soutien parmi les hommes (52%, contre 44% parmi les femmes), les jeunes (notamment les étudiants : 61%), et les personnes ayant poursuivi des études supérieures (55%). Les indépendants (57% d'avis favorables) et les cadres(53%) soutenaient plus clairement l'introduction de l'euro que les personnes au foyer ou les ouvriers (42%). À l'automne 1997, le soutien à la monnaie unique est revenu à un niveau plus "habituel" : 51% des Européens se déclaraient favorables à son introduction, contre 37% d'opinions négatives. Les Italiens (78%) et les Irlandais (67%) demeuraient parmi les plus favorables à l'euro, suivis des Luxembourgeois (62%), des Espagnols (61%), des Grecs (59%) et des Français (58%). Les plus opposés étaient,de nouveau, les Finlandais et les Danois (62% contre), les Britanniques (59%) et les Suédois (56%).

b- Élargissement(9)

Depuis un certain temps, l'Eurobaromètre demande aux personnes interrogées, en leur présentant une liste de pays, si elles sont favorables ou défavorables à ce qu'ils fassent partie de l'Union. Au printemps 1997, les trois pays les plus volontiers acceptés étaient, comme le plus souvent, la Suisse (72%), la Norvège (69%) et l'Islande (56%). Parmi les pays candidats, seuls la Hongrie (49% d'opinions favorables), la Pologne (46%), la République tchèque (43%) et Chypre (40%) recueillaient plus d'avis favorables que d'avis défavorables. À l'automne 1997, ces quatre pays étaient toujours ceux que les Européens souhaitaient le plus clairementvoir adhérer à l'Union européenne. L'élargissement devrait conférer à l'Union une place plus importante dans le monde (67%), apporter une richesse culturelle supplémentaire (61%) et garantir plus fermement la paix et la sécurité en Europe (59%).Pour 49% des Européens, l'élargissement coûtera vraisemblablement cher aux actuels États membres, pour 47% d'entre eux leur pays perdra de son importance en Europe, et 41% disent craindre une augmentation du chômage du fait de l'élargissement. Sur la base de quels critères les futurs membres de l'Union européenne devraient-ils être sélectionnés ? Ilsdoivent, en premier lieu, respecter les Droits de l'hommeet les principes démocratiques (93%). Ils doivent aussilutter contre le crime organisé et le trafic de drogues (91%), protéger l'environnement (90%) et pouvoir payer leur part du budget communautaire (80%). On voit ainsi que, si des craintes subsistent en matière économique, priorité est donnée aux principes démocratiques, à la sécurité et à l'environnement. Plus généralement, un élargissement encadré et maîtrisé est perçu comme une chance, bien plus que comme une menace.

c-Justice et Affaires intérieures(10)

En la matière, trois domaines d'action ont été soumis à l'appréciation des interviewés : la lutte contre la drogue, la politique d'immigration et les règles en matière d'asile politique. Dans les quinze États membres, sept personnes sur dix soutiennent des actions communes au sein de l'UE pour lutter contre le trafic de drogues. Même dans certains pays comme les Pays-Bas, où la législation est moins stricte envers certaines catégories de drogues, le soutien à une intervention de l'UE est très important (77%). Au Portugal et au Royaume-Uni, le soutien à des actions communes dans ce domaine, quoique moins évident, demeure élevé (56%). L'Union européenne, d'après 55% des personnes interrogées, devrait avoir une politique commune d'immigration. La demande, en l'espèce, est la plus forte en Italie (77%), en Espagne (65%), aux Pays-Bas (63%) et en France (61%). Les Finlandais (24%), les Britanniques (32%) et les Suédois (33%) semblent moins intéressés par une coopération accrue dans ce domaine. Enfin, 55% des citoyens de l'Union voudraient que des mesures communes soient prises par les Quinze en matière d'asile politique. Les Italiens (73%) et les Néerlandais (69%) y sont les plus favorables, tandis que les Autrichiens (34%), les Finlandais (36%), les Suédois (37%) et les Britanniques (38%) en voient moins la nécessité.

L'évolution de l'identification européenne (1992-1997)

Depuis les années 70, les sondages Eurobaromètre ont permis de constituer des séries temporelles, à partir de questions comme "Diriez-vous que vous vous sentez européen très souvent, souvent, parfois ou jamais ?" ou, depuis 1992, "Dans un avenir proche, vous voyez-vous (nationalité) uniquement, (nationalité) et européen, européen et (nationalité) ou européen uniquement ?". L'étude de ces données, au niveau européen, puis au niveau de chaque État membre, et enfin par variables socio-démographiques, permet de retracer l'évolution de l'identification européenne, telle qu'exprimée par les Européens eux-mêmes. Nous nous limiterons ici à l'étude de la période 1992-1997.

1 - L'identification européenne aujourd'hui : données les plus récentes (11)

Depuis le printemps 1992, la question relative au sentiment d'identité européenne la plus fréquemment posée dans l'Eurobaromètre est : "Dans un avenir proche, vous voyez-vous (nationalité) uniquement, (nationalité) et européen, européen et (nationalité) ou européen uniquement ?" Cette question a été posée à plus de 16000 Européens, dans la vague de printemps de l'Eurobaromètre.

1.1- Identification européenne au niveau de l'UE

Au printemps 1997, 52% des Européens se voient — dans une certaine mesure — européens (12). Mais 45%d'entre eux se considèrent exclusivement citoyens de leur pays. Parmi les 52% des interviewés qui se sentent européens, 5% se considèrent exclusivement européens ; 6% d'abord européens puis leur nationalité ; et 41% se sentent européens mais déclarent appartenir avant tout à leur nationalité.

1.2- Identification européenne par pays

Le pays où l'on rencontre le plus grand nombre de personnes qui se déclarent volontiers "uniquement européennes" est de loin le Luxembourg (16% des interviewés), suivi de l'Espagne, de l'Allemagne, du Royaume-Uni et de l'Italie (6%). À l'opposé, on se sent beaucoup moins exclusivement européen en Finlande, au
Danemark, en Irlande et en Grèce (2%). C'est en France que l'on conçoit le mieux la double appartenance (13) à son pays et à l'Europe (58% des Français se sentent à la fois français et européens), puis en Italie (58%), au Luxembourg (57%) et aux Pays-Bas (53%). En revanche, au Royaume-Uni, seuls 32% des interviewés peuvent admettre cette double appartenance ; au Portugal, ils ne sont que 36% à le faire, en Suède 39% et en Finlande 41%. Logiquement, les États où les interviewés déclarent en majorité n'appartenir qu'à leur pays sont le Portugal (58%), la Finlande, le Royaume-Uni et la Suède (57%). Et, de nouveau, ceux qui se sentent le moins exclusivement nationaux sont les Luxembourgeois (23%), les Français (32%) et les Italiens (33%).

1.3- Identification européenne par variables socio-démographiques, conditions et opinions personnelles
a-Variables personnelles

Sexe :Les hommes (41%) ont moins tendance que les femmes (48%) à se sentir exclusivement nationaux ; 55% des hommes se sentent européens dans une certaine mesure (14), contre 48% des femmes. Âge :L'âge est une des variables qui influencent le plus l'identification européenne : les 15-24 ans se disent exclusivement nationaux à 38%, les 25-39 ans à 39%, les 40-54 ans à 42% et les plus de 55 ans à 55% ; symétriquement, 58% des 15-24 ans (contre 42% des plus de 55 ans) se sentent européens. Âge de fin d'études :58% des interviewés ayant arrêté leurs études à — ou avant — 15 ans se disent nationaux uniquement, contre 30% de ceux qui ont terminé leurs études à ou après 20 ans ou sont encore étudiants ; parallèlement, ces derniers sont 66% à se sentir européens, contre 38% des personnes ayant suivi le moins d'études et 51% de ceux qui ont fini leurs études entre 16 et 19 ans. Lieu de résidence :Parmi ceux qui déclarent habiter dans une zone rurale ou dans un village, 48% se sentent exclusivement nationaux, contre 42% de ceux qui habitent une ville petite ou moyenne et 43% des habitants des grandes villes ; 49% des ruraux se sentent quand même européens, dans une certaine mesure, contre 53% des citadins.

b-Situation personnelle

Activité professionnelle :Les cadres supérieurs et les "managers" se considèrent, d'une façon ou d'une autre, européens à 67%, ils sont suivis par les autres employés de bureau (58%) et les professions libérales (57%) ; à l'opposé, seules 41% des personnes au foyer partagent ce sentiment. Niveau de revenus :55% des personnes ayant les plus bas revenus se sentent exclusivement nationales, et 41% d'entre elles se considèrent européennes ; symétriquement, 62% des personnes les plus aisées se sentent européennes dans une certaine mesure, et 35% d'entre elles uniquement nationales. Stabilité du travail :L'identification européenne est affaiblie par la précarité de son propre travail : 44% de ceux qui sont presque sûrs de perdre leur travail à court terme se sentent européens ; 51% de ceux qui évaluent cette probabilité à 75% pensent de même ; à l'inverse, ceux qui estiment qu'ils ont entre 0 et 50% de chances de perdre leur emploi se disent européens à 56-58%. Satisfaction quant à sa propre vie :Les personnes qui se disent satisfaites de la vie qu'elles mènent se sentent européennes à 53% ; celles qui se déclarent insatisfaites de leur vie ne se considèrent européennes qu'à 47%. Évaluation de son propre avenir :Plus les interviewés prévoient une dégradation de leur situation personnelle et plus ils ont tendance à se replier sur la nationalité ; ainsi 52% de ceux qui estiment que leur situation va empirer se sentent exclusivement nationaux, contre 38% de ceux qui attendent une amélioration de leur situation ; ces derniers sont 59% à se sentir européens (contre 42%).

c-Niveau d'information et opinions

Niveau d'information et usage des médias :Le niveau d'information sur l'Union européenne est un critère essentiel ; en effet, 60% des personnes qui s'estiment plutôt bien informées sur l'Union européenne, ses politiques et ses institutions, déclarent également se sentir européennes ; ce chiffre tombe à 46% chez ceux qui s'estiment plutôt mal informés ; de même, les plus grands utilisateurs de médias (télévision, radio, presse écrite, etc.) se disent européens à 51%, alors que ceux qui ont le moins recours aux médias ne s'estiment européens qu'à 38%. Perception de l'appartenance de son pays à l'UE : Logiquement, parmi ceux qui pensent que l'appartenance de leur pays à l'UE est "une bonne chose", ils sont près de 70% à se sentir européens (dans une certaine mesure) ; 53% de ceux qui estiment que ce n'est "une chose ni bonne ni mauvaise" se disent exclusivement nationaux, tout comme 72% de ceux qui pensent que le fait pour leur pays d'appartenir à l'Union est "une mauvaise chose". Dans la même logique, 68% de ceux qui pensent que leur pays a tiré profit de son appartenance à l'UE se sentent européens, contre 37% de ceux qui estiment que leur pays n'a retiré aucun bénéfice de cette appartenance (ces derniers se déclarent d'ailleurs exclusivement nationaux à 59%). Fierté nationale  :Enfin, la fierté nationale n'entre pas en ligne de compte autant que l'on aurait pu s'y attendre ; ainsi, 50% de ceux qui se disent fiers de leur nationalité se sentent également européens, contre 56% de ceux qui n'en sont pas fiers ; la fierté nationale ne semble pas en contradiction avec une certaine identification européenne ; c'est là un point important, qui permet de supposer que les Européens n'opposent pas identité nationale et identification européenne.

2 - Évolution de l'identification européenne depuis 1992

Entre le printemps 1992 et le printemps 1997, la question "Dans un avenir proche, vous voyez-vous (nationalité) uniquement, (nationalité) et européen, européen et (nationalité) ou européen uniquement ?" a été posée sept fois dans l'ensemble des douze, puis quinze, pays membres. Sur cette période de cinq années, l'évolution à l'échelle européenne a été modérée, et les citoyens de certains pays se sont singularisés.

2.1- Évolution 1992-1997, au niveau de l'UE

Depuis 1992, le sentiment d'être européen, au moins dans une certaine mesure (15), n'est jamais descendu en dessous de 50%. Symétriquement, le sentiment d'être exclusivement national a toujours été partagé par moins de 50% des Européens. De 1992 à 1995, une certaine identification européenne était partagée par 56 à 59% des Européens. Seule l'année 1994 faisait exception : à l'automne 1994, les deux tiers des Européens se considéraient "au moins partiellement" européens, alors qu'ils n'étaient que 33% à se dire exclusivement nationaux. Au cours de l'année 1995, le sentiment européen des Finlandais et des Suédois a chuté de 9%, celui des Irlandais et des Néerlandais de 7%, celui des Danois de 6% et celui des Allemands de 5%. Entre la fin de l'année 1995 et l'automne 1996, l'identification européenne des Belges et des Allemands a reculé de 10%, celle des Italiens et des Portugais de 9%, celle des Grecs de 8%. Depuis 1996, le sentiment d'identification européenne semble s'être stabilisé, à un niveau légèrement inférieur à ceux constatés au début des années 90 : en 1996 et 1997, à peine plus de 50% des Européens (51 et 52%) partageaient ce sentiment, alors que 46 puis 45% d'entre eux se définissaient comme exclusivement nationaux.

2.2- Évolution 1992-1997, quelques pays

Sur toute la période analysée, les trois pays dont les citoyens déclarent le plus clairement et de la façon la plus constante une identité européenne sont le Luxembourg, l'Italie et la France. Depuis 1992, plus de 60% des nationaux de ces trois pays (et, le plus souvent, plutôt 65 à 75%) se considèrent soit européens et nationaux, soit exclusivement européens. Dans l'Europe des Douze, jusqu'en 1995, les Britanniques et les Danois déclaraient moins fréquemment se sentir européens. Néanmoins, la part de ceux qui, dans ces pays, se reconnaissaient une certaine "européanité" n'est pas descendue en dessous, respectivement,de 37 et 50%, et elle a culminé, respectivement, à 47,6 et 51,4%. Toujours entre 1992 et 1995, les citoyens de certains pays, comme l'Irlande en 1992, le Portugal en 1993 et la Grèce en 1994, se sont exceptionnellement mêlés au groupe de ceux qui se considéraient le moins européens. Dans l'Europe des Quinze, depuis 1995, les trois pays dont les citoyens se déclarent le moins volontiers européens dans la plupart des études sont la Suède, le Royaume-Uni et la Finlande. De façon occasionnelle, certains pays se sont mêlés à ce groupe : le Danemark en 1995, la Grèce en 1996, le Portugal en 1997.

Les jeunes Européens à la veille de l'an 2000

Pour la première fois depuis sept ans, un sondage Eurobaromètre a été réalisé, entre le 20 avril et le 7 juin 1997, auprès de 9400 jeunes Européens âgés de 15 à 24 ans. Les résultats révèlent une génération préoccupée par le chômage, de plus en plus polyglotteet attachée à la mobilité dans l'Union européenne, des jeunes plutôt individualistes mais néanmoins solidaires et tolérants. Cette étude a permis d'analyser aussi bien leur perception de leurs conditions de vie que le regard qu'ils portent sur la construction européenne.

1 - La vie quotidienne des jeunes européens

1.1- Conditions de vie

Près d'un jeune Européen sur deux (45%) déclare recevoir la plus grande partie de ses ressources financières de ses parents ou de sa famille. Parmi les 15-24 ans, 42% ont comme principale ressource leur travail, et 13% des travaux occasionnels. Si les jeunes restent plus longtemps chez leurs parents, c'est d'abord parce qu'ils n'ont pas les moyens de s'installer (74%). C'est aussi, avouent-ils, parce qu'ils veulent "profiter de tout le confort d'un foyer sans en avoir les charges" (36%) ou parce qu'ils préfèrent "épargner pour pouvoir bien démarrer plus tard" (33%). S'ils se trouvaient dans une situation de chômage, quelle(s) solution(s) les jeunes choisiraient-ils de préférence ? Six choix seraient effectués par plus de 10% des jeunes Européens : "accepter n'importe quel emploi pourvu qu'il soit stable" (20%), "accepter n'importe quel emploi quelles qu'en soient les conditions" (16%), "accepter n'importe quel emploi pourvu qu'il soit bien payé" (14%), "faire des stages, des formations ou se réorienter professionnellement" (13%), "accepter n'importe quel emploi" pourvu qu'il corresponde à leur niveau de qualification (12%) ou "accepter seulement un emploi stable, bien rémunéré" et qui corresponde à leur niveau de qualification (12%). Seuls 1% accepteraient des activités de bénévolat, et 2% de travailler "au noir" (mais il est difficile,voire impossible, d'évaluer la marge entre les intentions ou les déclarations spontanées, d'une part, et la réalité,d'autre part...). Dans la même logique de recherche de stabilité, 65% des 15-24 ans ne décideraient/n'accepteraient d'avoir des enfants que s'ils avaient "un emploi stable". Pour 54% d'entre eux, l'élément prépondérant serait "une relation sentimentale stable", pour 45% "la possibilité de donner une bonne éducation" à leur enfant, et pour 41% "disposer d'un logement convenable". Seuls 2% des jeunes Européens déclarent spontanément ne pas vouloir d'enfant.

1.2- Activités pratiquées, vie associative, religion

Avec 73% des réponses, "rencontrer des amis" est l'activité la plus souvent citée. "Écouter de la musique"vient en deuxième position (64%), précédant "regarderla télévision" (62%), "pratiquer un sport" (50%) et "lire" (41%). "Peindre" (6%), "pratiquer le bénévolat" (8%) et "jouer d'un instrument de musique" (11%) sont les activités le moins fréquemment pratiquées. Près d'un jeune Européen sur deux (48%) ne fait partie d'aucune association et ne participe aux activités d'aucune d'entre elles. Les associations les plus citées sont les clubs sportifs (28%), suivis, mais à distance, par les organisations religieuses (9%) et les organisations pour la jeunesse (7%). L'appartenance à une association de consommateurs (1%), à une associationde défense des Droits de l'homme (2%), à un syndicat ou un parti politique (4%) est beaucoup moins répandueparmi les 15-24 ans. Par ailleurs, 43% des 15-24 ans se disent croyants mais pas pratiquants, 19% croyants et pratiquants, 15% athées, 12% agnostiques, et 6% pratiquants "mais sans y croire". En outre, 57% d'entre eux estimentqu'un prêtre ou un pasteur peut être aussi bien une femme qu'un homme. On voit ainsi se dessiner une génération réticente face aux organisations sociales et politiques, s'éloignant de la pratique religieuse, des jeunes auprès desquels l'engagement désintéressé ou la défense d'idéaux ne font pas recette. Mais, s'ils se montrent parfois individualistes, les jeunes Européens de 1997 ne sont pas pour autant solitaires ; ils apparaissent, au contraire, tolérants et solidaires.

1.3- Solidarité et ouverture aux autres

Confrontés à des situations qui les touchent de près, les jeunes sont disposés à s'impliquer avec générosité. En témoignent leurs attitudes vis-à-vis des personnes âgées et le naturel avec lequel ils considèrent ceux qui, a priori, ne leur ressemblent pas. Invités à choisir dans une liste de onze opinions les trois qui se rapprochent le plus des leurs, 36% des 15-24 ans déclarent qu'ils ne laisseraient pas leurs parents aller vivre dans une résidence pour personnes âgées. Car "les jeunes ont une responsabilité envers les personnes âgées" (35%) et "les personnes âgées ne posent pas de problème" (22%). Seuls 5% des interviewés n'aimeraient pas s'occuper de personnes âgées, et 6% estiment que "les jeunes ne devraient pas payer pour les retraites/les pensions des personnes âgées". Mais cette solidarité affichée envers les anciens n'exclut pas quelques reproches : ainsi, pour 39% des jeunes Européens, "les personnes âgées ne comprennent pas combien les choses ont changé dans notre société" ; "les personnes âgées devraient avoir des activités aussi longtemps que possible" (28%), elles "ne comprennent pas les jeunes" (27%) et "devraient aider davantage les jeunes" (14%). À l'égard de personnes d'une autre nationalité, d'une autre religion, d'une autre culture ou qui ont des comportements différents des leurs, les jeunes d'Europe sont particulièrement tolérants et compréhensifs. S'ils se disent "mal à l'aise" en présence de drogués (28%), d'alcooliques (20%), d'homosexuels (13%) ou de SDF (13%), moins de 10% d'entre eux se déclarent "gênés" par la présence de personnes handicapées, de personnes qui ne sont pas habillées comme eux ou de personnes beaucoup plus ou beaucoup moins riches qu'eux. Par ailleurs, seuls 5% des 15-24 ans se sentent "mal à l'aise" face à des personnes d'une autre race, et 3% en présence de personnes d'une autre nationalité, religion ou culture. Ce sentiment de tolérance vis-à-vis des étrangers signifie-t-il pour autant une réelle acceptation de leur présence ? En la matière, les opinions sont contrastées. 28% des jeunes Européens pensent qu'il y a "trop d'étrangers" dans leur pays. Mais 24% d'entre eux jugent qu'"il y en a beaucoup mais pas trop", 8% qu'"il n'y en a pas beaucoup" et 4% qu’"il pourrait y en avoir plus". Ils sont, par ailleurs, 18% à affirmer que la population de leur pays a toujours été composée de personnes d'origine étrangère, 15% à se déclarer "contents" que des étrangers vivent dans leur pays et 10% à penser que "la présence d'étrangers ajoute à la force" de leur pays. Si, bien évidemment, ils varient sensiblement d'un pays à l'autre (on a ainsi pu établir trois groupes d’États : la Belgique, l'Allemagne, l'Autriche et la Grèce, où les 15-24 ans se disent le plus "anti-étrangers", d'une part ; le Danemark, la Suède, la Finlande, l'Irlande, le Luxembourg et les Pays-Bas, où les jeunes sont les plus tolérants, d'autre part ; enfin, l'Espagne, la France, l'Italie, le Portugal et le Royaume-Uni, où ilsexpriment des positions plus modérées, moins tranchéesdans un sens ou dans l'autre), ces résultats s'avèrent globalement plus rassurants que ceux de l'étude "Racisme et xénophobie en Europe", réalisée auprès du grand public (16).

1.4- Connaissance des langues, voyages, formation et emploi

Outre leur langue maternelle, 54% des jeunes Européens parlent suffisamment bien l'anglais pour tenir une conversation, 29% d'entre eux ne parlent aucune autre langue, 20% peuvent s'exprimer en français et 11% en allemand. Mais, mis à part ces trois langues, les autres langues européennes ne recueillent que des scores assez bas. Par ailleurs, les langues qu'ils aimeraient le plus apprendre sont l'espagnol (23%), le français (22%) et l'anglais (20%). Au cours des deux dernières années, 20% des 15-24 ans se sont rendus en Espagne, 19% en France, 11% en Allemagne, 11% en Italie et 10% au Royaume-Uni. Ce sont ainsi plus de 50% d'entre eux qui, au cours des deux dernières années, ont voyagé dans un pays de l'Union européenne autre que le leur. Pour 87% de ces jeunes, il s'agissait essentiellement d'y passer des vacances. Seuls 9% voulaient apprendre la langue ou se perfectionner, et 8% s'y sont rendus dans le cadre d'un programme d'échanges culturels, 6% pour y travailler et 5% pour y étudier. À l'heure où l'impact des technologies de l'information est de plus en plus prégnant, plus d'un jeune Européen sur deux (54%) n'utilise régulièrement ni ordinateur, ni Internet, ni le courrier électronique ("e-mail") ni un lecteur de CD-rom. 43% d'entre eux utilisent un ordinateur "au moins une fois par semaine", 14% un lecteur de CD-rom et 7% une connexion à Internet. Bien évidemment, ces chiffres varient considérablement d'un pays à l'autre. Quelles sont, d'après les 15-24 ans, les trois aptitudes les plus utiles pour trouver un emploi ? "Une bonne formation générale" (43%) arrive en tête de liste, suiviepar "la maîtrise des langues" (40%), "des aptitudes à communiquer" (38%), "des connaissances dans le domaine des technologies de l'information" (32%) et "une bonne présentation" (27%)..

2 - Les jeunes et l'union européenne

2.1- Ce que signifient pour eux l'UE et la "citoyenneté européenne"

L'Union européenne représente, en tout premier lieu, "la possibilité d'aller où je veux en Europe" (35%). C'est ensuite "une façon de créer un meilleur futur pour les jeunes" (34%) et "un moyen pour améliorer la situation économique en Europe" (34%). Ce n'est "un rêve, une utopie" que pour 8% des 15-24 ans, et "le risque de perdre notre diversité culturelle" que pour 12% d'entre eux. La liberté de mouvement et d'installation, partout dans l'Union, est encore une fois mise en avant lorsqu'il s'agit de définir la "citoyenneté européenne" : être "citoyen d'Europe", c'est, avant tout, "avoir le droit de travailler n'importe où dans l'UE" (62%), "avoir le droit de s'installer de manière permanente n'importe où dans l'UE" (52%) et "pouvoir aller étudier dans n'importe quel pays de l'UE" (46%).

2.2- Les apports de l'Union européenne et ses domaines d'action prioritaires

Dans la même logique, les jeunes Européens estiment que, dans dix ans, le principal apport de l'UE sera "plus de facilité pour voyager, étudier, travailler et vivre partout en Europe" (48%). "L'utilisation de l'eurocomme monnaie unique en Europe" est citée par 42% d'entre eux, suivie de "plus de chances pour les gens comme moi de trouver un emploi" (30%) et de "moins de discrimination envers les étrangers et les personnes d'autres cultures ou groupes ethniques" (29%). La liberté, l'économie et la tolérance : l'espoir des jeunes d'Europe, leur confiance envers l'Union et les demandes qu'ils lui adressent reflètent les attentes et les craintes d'une génération qui souhaite voir conciliés le bien-être matériel de chacun et le mieux-vivre en société pour tous. Interrogés sur les domaines d'action auxquels l'Union européenne devrait accorder la priorité, les 15-24 ans désignent l'emploi (76%), la protection de l'environnement (60%) et la recherche et le développement dans le domaine des nouvelles technologies de l'information (54%). Premières victimes du chômage, ils n'en attachent pas moins une grande importance au milieu naturel et semblent faire confiance aux progrès technologiques. Ainsi, sans rien cacher de leurs inquiétudes, les jeunes Européens de 1997 disent leur confiance dans l'Europe de demain. Ils montrent leur attachement au concept de mobilité, affichent des compétences linguistiques accrues et un désir flagrant de concilier la performance économique (individuelle et collective), le bien-être de tous et de chacun et un modèle humaniste de vie en société. Loin d'être contradictoires, ils se montrent décidés à "s'en sortir" tout en étant conscients des problèmes globaux. Ils font partie d'une génération réaliste qui veut, dans le même temps, que la société évolue. La jeunesse européenne serait-elle porteuse des dernières utopies constructives,des derniers projets de société, des derniers espoirs ?

Retrouver l'espoir en l'Europe

À l'issue de ce vaste tour d'horizon de l'opinion publique européenne en 1997, à travers de nombreux thèmes, études et analyses spécifiques, force est de constater que les Européens de tous âges et de toutes conditions portent un regard lucide et nuancé sur leur propre situation, sur les grands thèmes de société et sur l'Europe : conscients des difficultés et insuffisances, ils expriment clairement des regrets et des oppositions ; mais, confiants et constructifs, ils transmettent leurs espoirs, leurs attentes, leur volonté d'être écoutés et impliqués. Le citoyen européen demande que soient pris en compte ses problèmes, ses attentes et ses inquiétudes. Il attend que soit clairement reformulé, de façon régulière, un projet européen à moyen et long terme, qui lui rende confiance et espérance. Mais il entend surtout prendre toute sa place dans la réalisation de ce projet, et que soient reconnues son implication, sa créativité et sa responsabilité civique. Si ces conditions sont réunies, alors les Européens partageront plus amplement et affirmeront plus clairement leur identité européenne.

* Les analyses développées dans cet article ne sauraient être considérées comme des prises de position officielles de la Commission européenne, ni engager d'aucune manière sa responsabilité.

(1) Eurobaromètre 47, vague de printemps, février-avril 1997.

(2) Eurobaromètre 48, vague d'automne, 12 octobre-16 novembre 1997.

(4) Eurobaromètre 48.

(5) Eurobaromètre 47.

(6) Eurobaromètre 48.

(7) Eurobaromètre 48.

(8) Eurobaromètres 47 et 48.

(9) Eurobaromètres 47 et 48.

(10) Eurobaromètre 47.

(11) Eurobaromètre 47.

(12) Somme des réponses "(nationalité) et européen", "européen et (nationalité)" et "européen uniquement".

(13) Somme des réponses "(nationalité) et européen" et "européen et (nationalité)".

(14) Somme des réponses "(nationalité) et européen", "européen et (nationalité)" et "européen uniquement".

(15) Somme des réponses "(nationalité) et européen", "européen et (nationalité)" et "européen uniquement".

(16) "Racisme et xénophobie en Europe", 26 mars-29 avril 1997.