L'Europe et les États-Unis : Les relations euro-atlantiques, un héritage en déshérence

L'engagement américain en Europe, qui ne s'était jamais démenti pendant la période de la guerre froide, bat aujourd'hui de l'aile. Même si la chute du mur de Berlin a incontestablement marqué la fin d'une ère, l'actuel manque de lisibilité de la politique étrangère américaine y est aussi pour beaucoup. De plus, l'accueil pour le moins mitigé que les États-Unis ont réservé à l'euro rompt avec une tradition de soutien à tout projet fédérateur en Europe.

L'année écoulée fut l'occasion de célébrer le cinquantième anniversaire de deux étapes significatives de l'engagement américain en Europe : le plan Marshall d'une part, une combinaison extraordinaire de générosité libérale, d'idéalisme wilsonien et de réalisme géopolitique ; le pont aérien sur Berlin de l'autre, une démonstration exemplaire de la technique et de la puissance américaine. Contrairement aux cérémonies du débarquement, le ton fut discret, les retrouvailles moins intimes, les réjouissances plus artificielles. Une inquiétude générale, une mauvaise humeur réciproque et des griefs mutuels dominèrent la visite du président Clinton à Berlin (1). Entre Washington et Bruxelles, l'histoire avait pourtant bien commencé et a largement tenu ses promesses. De l'aide Marshall au traité de Maastricht, le soutien américain à la construction européenne s'est rarement démenti. En dépit des déséquilibres manifestes, des malentendus récurrents, des inévitables querelles commerciales et des ambitions divergentes, les relations transatlantiques étaient et demeurent un modèle pour le reste du monde. Europe de l'Ouest et États-Unis partagent aujourd'hui une sécurité commune, une prospérité sans précédent et un niveau de vie inédit.

Vertu et nécessité

L'Union européenne telle qu'on la connaît aujourd'hui est le fruit d'une vision partagée par les chrétiens démocrates européens, certes imposée par la menace soviétique, mais voulue et encouragée par Washington. Si Monnet, Spaak, de Gasperi ou Adenauer ont bien leur place dans le panthéon européen, Truman, Marshall et Acheson peuvent légitimement revendiquer une part importante — sinon déterminante — dans ce succès. À dire vrai, l'unification européenne fut une constante de la politique étrangère américaine, poursuivie par à peu près toutes les administrations, qu'elles soient républicaines ou démocrates. Dès avant le début de la Seconde Guerre mondiale, intellectuels et politiques appelaient à la création d'une fédération atlantique sur le modèle américain (2). Très vite, les nécessités de la guerre froide transformèrent cette utopie fédérale en impératif stratégique. Quelle que fût l'intensité de la confrontation avec les Soviétiques, la Maison Blanche et plus encore le Congrès encouragèrent l'intégration des Européens de l'Ouest, tant sur le plan économique, à l'instar du planMarshall, que sur le plan politique, comme l'attestent les débats sur l'Alliance atlantique (3). La génération d'après-guerre constitua un élément important dans cette solidarité atlantique. De part et d'autre, décideurs et intellectuels avaient tiré des enseignements similaires du second conflit mondial, dont la leçon essentielle fut résumée en quelques mots par Acheson :si les nations libres n'agissent pas ensemble, elles tomberont l'une après l'autre (4). Dans cet esprit, les diplomates cultivaient autant les affinités personnelles que les intérêts nationaux respectifs. Les
responsables américains partageaient une éducation et une sensibilité essentiellement européennes. Les Européens, pour leur part, avaient appris à connaître et à cultiver les réseauxinfluents à Washington (5). Une figure se détache, sans conteste, dans cette communauté atlantique naissante : Jean Monnet,  Monsieur Europe, le plus influent des avocats de la cause européenne à la Maison Blanche, où il disposait presque d'une ligne directe, de Truman à Kennedy (6). Il est toujours délicat d'évaluer l'influence d'un seul homme sur la politique étrangère mais l'histoire de la politique américaine envers le processus d'unification européenne ne peut pas être expliquée sans qu'on reconnaisse l'influence de Monnet sur la formulation de cette politique (7). Dans bon nombre d'initiatives, en effet, le soutien américain fut constant et sans ambiguïté. Durant les négociations menant au traité de Rome, Eisenhower exprima le mieux cet  enthousiasme pour l'Europe communautaire lorsqu'il déclara : "The day this common market became a reality would be one of the finest days in the history of the free world, perhaps even more so than winning the war (8)." Les encouragements furent le plus souvent indirects, Washington se contentant de montrer la voie, aux Européens de s'y engager. L'attitude des hôtes de la Maison Blanche oscilla donc entre patience et persuasion, découragement et agacement. Dans le domaine de la défense, les demandes se firent certes plus pressantes, mais il n'y eut jamais de "révision déchirante (9)" de la politique américaine, que ce fût après le douloureux épisode de la CED, les sempiternels désaccords sur le partage du fardeau, le défi gaullien, la longue querelle des euromissiles ou la très contestée guerre des étoiles. Tout au plus des rééquilibrages s'imposèrent, mineurs sous Kennedy, plus importants avec Nixon. Eisenhower et Kennedy furent sans conteste les plus chauds partisans de la Communauté économique naissante, quitte à sérieusement endommager la relation spéciale avec Londres (10), tandis que Henry Kissinger, qui fut sans doute le secrétaire d'État connaissant le mieux l'Europe, se montra le moins européen. Dans la vision nixonienne d'un ordre mondial qui devait inclure la Chine et tolérer l'Union soviétique, l'Europe perdait son rôle privilégié, que Jimmy Carter s'empressa cependant de réaffirmer (11). Si Ronald Reagan dénonça les
différends commerciaux avec plus de vigueur que ses prédécesseurs, critiquant les aspects protectionnistes de l'Acte unique et prenant le plus souvent fait et cause pour Margaret Thatcher dans sa lutte contre Bruxelles, George Bush soutint plus fermement le grand marché mais sa priorité était incontestablement géopolitique. Pour gérer la fin de la guerre froide ou bâtir une coalition contre Saddam Hussein, ses interlocuteurs privilégiés étaient Mitterrand, Thatcher, Kohl et Gorbatchev, mais certainement pas Jacques Delors (12). À chaque étape de la construction communautaire,Washington fut donc un spectateur engagé,
parfois critique, le plus souvent constructif, mais jamais indifférent. Au-delà des affinités culturelles et presque filiales qui liaient les États-Unis à l'Europe, plusieurs raisons présidaient à cet engouement pour l'Europe unie : une foi sans faille dans les vertus du fédéralisme, une volonté de reconstruire l'Europe à l'image de l'Amérique et la nécessité d'offrir une Europe forte face à la menace soviétique tout en jetant les bases d'une réconciliation franco-allemande durable, qui auraient permis, à long terme, d'envisager un relâchement des investissements économiques et militaires peu conformes à la tradition américaine. La vertu du fédéralisme et la nécessité de la guerre froide formèrent donc la toile de fond des relations atlantiques durant plus de quatre décennies, pendant lesquelles la puissance américaine se mit au service de l'unification européenne. Tant que subsista la menace à l'Est et que persista la question allemande, il n'y avait nul besoin de justifier l'engagement de Washington, quelles que fussent les réserves et les critiques en Europe sur ses modalités. Les fondations allaient de soi. Tel était le véritable privilège du couple atlantique.

Lassitude et malaise

La chute du mur de Berlin appela une redéfinition de l'engagement américain en Europe sans, pour autant, le remettre en cause. La fin de la menace soviétique augurait d'un rééquilibrage entre Washington et ses partenaires européens, mais elle signifiait aussi un changement dans l'ambition de la construction européenne. Des bouleversements intervenus entre 1989 et 1991, les experts en stratégie les plus réalistes ainsi que les membres du Parti républicain les plus isolationnistes n'hésitèrent pas à tirer des conclusions radicales : le temps était venu pour l'Amérique de rapatrier ses troupes, de réduire ses investissements en Europe et de se concentrer désormais sur l'Asie. Pour les plus pessimistes, l'intégration communautaire ne pouvait survivre à la réunification allemande, laquelle impliquait une renationalisation des politiques extérieures et le retour d'une géopolitique centréesur Berlin, Moscou et Paris (13). Dans ce jeu diplomatique, Washington devait assumer le même rôle que celui de Londres au siècle dernier : diviser pour mieux régner, jouer l'un contre l'autre, mais éviter tout engagement permanent. Pour les démocrates, la fin de la menace soviétique permettait de dégager du temps et de l'argent pour résoudre les problèmes économiques et sociaux américains. C'est sur ce type de programme électoral que fut élu Clinton. Pour un président aussi peu enclin à prendre le moindre risque dans les affaires étrangères, l'Europe devint rapidement un terrain privilégié. Clinton soutint sans ambiguïté le traité de Maastricht, lança d'importantes négociations commerciales en vue de créer un grand marché transatlantique. Un nouvel agenda fut entériné à Madrid en décembre 1995, lequel couvrait entre autres les problèmes liés au terrorisme, à la prolifération nucléaire, mais aussi des questions touchant les nouvelles technologies de l'information ou la réductiondes barrières non tarifaires (14). Contrairement à l'administration Bush, Clinton n'éprouva aucune réticence à accorder une identité européenne de défense à l'Union européenne, à condition que celle-ci se développe au sein de l'Alliance atlantique, ce qui, d'ailleurs, constituait le vœu majoritaire des partenaires européens, en particulier des Allemands. En janvier 1994, Warren Christopher entérinait ce rééquilibrage lors du sommet de l'OTAN à Bruxelles (15). Sur le plan global, l'administration Clinton adopta une version pour le moins limitée de l'ordre mondial proclamé par son prédécesseur et, après le fiasco somalien (16), prit des mesures drastiques : la sécurité des soldats américains devint une priorité absolue. Désormais, les critères d'engagement devaient répondreplus à une logique de politique intérieure qu'à des nécessités stratégiques. Dans ces conditions, il n'est pas surprenant que l'élargissement de l'OTAN devînt la priorité de la politique américaine en Europe, alors que d'autres affaires nettement plus urgentes étaient en cours, comme la crise en Bosnie. Ce fut d'ailleurs le même homme, Richard Holbrooke, que l'on désignapour régler en parallèle ces deux dossiers, avec les résultats que l'on sait : les accords de Dayton d'une part, l'entrée de la Pologne, la Hongrie et la République tchèque au sein de l'Alliance de l'autre. Sur ces deux dossiers, l'Union européenne fut peu consultée et, surtout, elle fut mise devant le fait accompli. Le Congrès, en particulier, constitua souvent un obstacle difficile à surmonter. Devant les désaccords persistants des Européens durant la négociation de Dayton (17), les Américains montrèrent les limites de leur patience ; ils ne cachèrent pas non plus leur agacement à l'égard des exigences françaises concernant le commandement Sud de l'OTAN ; et, pour tout dire, ils commencèrent même à réviser leur jugement sur le bien-fondé d'une communauté européenne incapable d'agir pour mettre de l'ordre à ses frontières. La critique de Washington envers les institutions européennes n'est pas nouvelle : elle n'en demeure pas moins fondée. Elle fut formulée au moment où les États- Unis estimaient que l'Union européenne avait atteint une maturité nécessaire pour dépasser ses querelles internes et projeter de la stabilité à l'extérieur. Le bilan clairement
mitigé de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) montre qu'il n'en est toujours rien (18). Washington espérait un partage des responsabilités, précisément, parce que les États-Unis éprouvaient des difficultés sans cesse grandissantes à assumer les leurs. À cette lassitude structurelle vis-à-vis de l'hypocrisie institutionnelle de l'Europe s'ajoute un malaise, plus conjoncturel, mais proprement américain. En effet, si l'Amérique de Clinton donne l'image d'une superpuissance toujours aussi confiante dans la valeur supérieure et universelle de ses principes, elle se montre tantôt réticente à les appliquer dans un cadre multilatéral, tantôt encline à les imposer sans concertation. Au-delà de la personnalité contestée du Président, le problème paraît plus profond : volontiers donneurs de leçons mais inaptes à en recevoir, les États-Unis éprouvent d'énormes difficultés à définir une politique étrangère cohérente en l'absence d'ennemis qui les menacent. Chaque initiative semble immédiatement se diluer dans les exigences partisanes et médiatiques du Congrès, les moyens apparaissant au bout du compte plus importants que les fins (19) et les responsabilités difficiles à établir sinon à assumer (20). Il y a bien un malaise à Washington, d'autant plus délicat à surmonter qu'il est l'exact reflet d'une société américaine réticente à assumer des responsabilités mondiales si ses valeurs ne sont pas mises en péril, et qu'il traduit une conception particulière de la démocratie où l'exercice du pouvoir est soumis à la plus stricte des transparences et la plus immédiate des mises en question. La lisibilité de la politique étrangèreaméricaine s'en trouve grandement affectée. Comme le montrent l'intervention tardive dans le conflit bosniaque, le récent élargissement de l'OTAN, les obsessions irakienne et cubaine, mais aussi la dette vis-à-vis de l'ONU, le refus d'une Cour permanente pour crimes de guerre ou le torpillage du protocole de Kyoto, la politique extérieure de la première puissance du monde se réduit souvent à une série de soubresauts et d'écarts brusques, d'exigences unilatérales et  d'interdits arbitraires (21). À la paralysie européenne renvoient désormais les errances de la politique étrangère américaine. Il ne s'agit pas encore d'unilatéralisme systématique, mais la
lassitude vis-à-vis de l'Europe et les exigences exorbitantes du Congrès alimentent des querelles inutiles et
l'incompréhension réciproque. À terme, le climat actuel laisse présager la pire des combinaisons possibles : un pessimisme systématique et une indifférence grandissante.

Euro-cynisme et indifférence

Les reproches américains ne se limitent pas, en effet, au seul domaine de la politique étrangère. Pour la première fois depuis les débuts de l'entreprise communautaire, Washington a accueilli avec réserve un projet majeur, celui de la monnaie unique. Les premières réactions furent d'abord marquées par l'incrédulité : jamais l'Allemagne n'accepterait d'échanger le deutsche Mark contre une monnaie européenne ; jamais la France n'aurait la discipline nécessaire pour accepter les termes de l'échange posés par la Bundesbank. Aux doutes succédèrent les réserves, à la fois politiques et économiques : le passage à la monnaie unique fut considéré comme le pont lointain que l'Union européenne ne pouvait franchir sans risquer de compromettre l'ensemble de l'acquis communautaire. En forçant l'Allemagne à renoncer au Mark en échange de sa réunification, on lui imposait en fait un nouveau Versailles. À moyen terme, la monnaie unique risquait dès lors de devenir un motif de rancœur, une menace pour les équilibres européens, et même une source de conflit majeur (22). Les États-Unis, faute de pouvoir empêcher une telle issue, devraient redéfinir leurs relations avec Bruxelles et privilégier la traditionnelle alliance avec Londres (23). Les observateurs ne sont pas les seuls à jouer les Cassandre avec l'euro. Ainsi, Newt Gingrich estimait-il, en avril dernier, que l'Union monétaire constitue unpari dangereux suscitant des problèmes gigantesques que les institutions européennes, politiquement inadaptées et inefficaces, ne pourront probablement pas surmonter. Dans un tel climat, le silence de la Maison Blanche sembla particulièrement pesant (24). Seul Lawrence Summers, en
charge du dossier de la monnaie unique, tenta de plaider la bonne foi de Washington : ce n'est pas tant le succès de l'euro qui inquiète les États-Unis, mais bien la possibilité de son échec. Bref, vue de Washington, l'Union monétaire est un risque politique dangereux, tant pour l'Europe que pour les États-Unis. Par rapport au soutien sans réserve affiché d'habitude par Washington pour toute initiative en faveur d'une Europe plus fédérale, l'accueil discret sinon hostile réservé à l'euro constitue une sorte de rupture dont on ne sait pas encore si elle traduit une crise de confiance ou une crise de croissance des relations entre Washington et l'Union européenne. Outre les incertitudes politiques, les économistes et hommes d'affaires américains contestent le bien-fondé et la rationalité monétaire de l'euro. Les conditions propres aux économies européennes constituent, à leurs yeux, de sérieux handicaps pour la viabilité de l'euro en cas de choc économique. Étant donné la très faible mobilité de la main- d'œuvre et les rigidités du marché du travail, il ne reste guère que les politiques fiscales pour gérer des crises internes au grand marché. Or l'Union européenne dans ce domaine est dépourvue de la moindre autorité. En d'autres termes, l'Europe mettrait la charrette avant les bœufs (25)! Même si les experts se montrent très prudents sur les effets de la monnaie unique pour les économies européennes, ils s'interrogent davantage sur ses possibles conséquences vis-à-vis du dollar. Sur cette question se dégage un large consensus : l'euro, pour peu qu'il devienne une réalité, ne risque ni de concurrencer le dollar comme monnaie de réserve avant de longues décennies (26), ni de menacer la prépondérance politique de Washington dans l'économie mondiale (27). Dans ces conditions, Wall Street, à l'instar de la Maison Blanche, se désintéresse largement de la monnaie unique.
Pour autant, les relations au sein du G7 et du FMI vont être affectées par l'introduction de l'euro. Si les États-Unis, et l'Europe, veulent éviter des fluctuations inutiles du taux de change entre les deux monnaies, il semble donc urgent de préparer cette transition en renforçant la coopération entre les autorités monétaires compétentes (28). Dans ce domaine, les Américains reprochent le flou qui entoure les responsabilités monétaires de l'Union. Leur critique rejoint celle émise dans le domaine de la PESC : l'Europe doit d'abord mettre de l'ordre dans sa propre maison. Et les péripéties liées à la nomination du gouverneur de la Banque centrale européenne n'ont pas arrangé la crédibilité politique de l'euro, ni rassuré les marchés sur sa viabilité économique. À lire la littérature qui paraît aux États-Unis sur l'avenir de l'Europe et l'évolution des relations transatlantiques, il y a de quoi s'inquiéter du pessimisme ambiant et de l'indifférence générale qui s'en dégagent.Certes, dans une Amérique qui a tendance à se regarderle nombril depuis plusieurs mois, on comprend qu'un sujet aussi complexe que la réforme institutionnelle de l'Union européenne ne fasse pas la une de la presse tous les jours. Mais la tendance systématique à exagérerdes différends commerciaux aussi marginaux que les investissements à Cuba ou les importations de bananes, et le recours facile aux clichés les plus triviaux décrivant une Europe "provinciale", "où il ne reste que des musées", ne contribuent pas à créer une atmosphère constructive. Au contraire, ils encouragent l'ignorance des jeunes générations et favorisent le relâchement des liens historiques privilégiés entre les États-Unis et l'Europe (29). Au-delà, c'est un sentiment d'abandon qui prédomine : pour les uns, l'édifice communautaire est condamné à s'écrouler tôt ou tard parce que les circonstances ayant dicté ses fondations ont aujourd'hui disparu ; pour les autres, le traité de Maastricht fut une erreur majeure parce qu'il condamnait l'Europe à renier sa responsabilité  historique vis-à-vis de l'Europe centrale (30).

Un cap et des capitaines

En temps de crise, les décideurs éprouvent une tendance naturelle à ne tenir compte que du court terme. Dans les circonstances présentes, il est bon de rappeler quelques données essentielles de la relation atlantique, qui n'a jamais été parfaite et ne le sera sans doute jamais au vu des déséquilibres entre les partenaires. Dans le domaine de la défense tout d'abord, la nécessité atlantique est aujourd'hui acquise. L'OTAN est la seule institution militaire capable d'intervenir rapidement et efficacement pour résoudre les conflits en Europe. Les États-Unis doivent y appliquer les vertus du multilatéralisme. L'Europe ne peut plus se réfugier derrière ses désaccords pour justifier son inaction et la France, quant à elle, devra tôt ou tard réintégrer sa structure militaire intégrée. Comme l'a montré hier la Bosnie, et peut-être demain le Kosovo, l'action commune est dans ce domaine décisive. Cette vérité fondamentale s'applique tout autant dans le domaine économique. Les relations commerciales entre les États-Unis et l'Europe sont les plus importantes du monde si on prend en compte les investissements croisés. C'est entre les deux continents que le libéralisme du marché est le plus et le mieux pratiqué. En dépit de sensibilités différentes, il est clair aujourd'hui que les vertus du libre-échange sont reconnues et partagées bien plus largement et étroitement qu'avec le reste du monde (31). Les récentes crises asiatique, japonaise et russe démontrent, s'il en était nécessaire, l'unicité des valeurs libérales pratiquées par la communauté atlantique. À cet égard, l'initiative du Trans Atlantic Business Dialogue (TABD) qui regroupe des industriels des deux côtés de l'Atlantique est significative. En dépit des blocages politiques, le secteur privé s'est mis d'accord sur des recommandations communes dans des secteurs importants, comme les produits pharmaceutiques et les biotechnologies (32). Ce forum constitue déjà la pierre angulaire du Nouvel Agenda Transatlantique lancé à Madrid, et les progrès acquis en juin 1997 dans le domaine des procédures d'enregistrement (Mutual Recognition Act) représentent des résultats encourageants. Toutefois, les pressions du secteur privé risquent de rester lettre morte si elles ne s'accompagnent pas à la fois d'une profonde réforme des compétences économiques de l'Union européenne, mais aussi de la nécessaire adoption par le Congrès du fast track afin de permettre à l'exécutif américain de négocier plus librement des accords commerciaux. L'énergie et la volonté manifestées par les entreprises de part et d'autre de l'Atlantique démontrent, pour le moins, l'absurdité des querelles commerciales liées aux amendements Helms-Burton et d'Amato, d'autant plus aberrantes qu'elles sont marginales. Les dirigeants américains, en particulier certains membres du Congrès, devraient se rappeler qu'une guerre commerciale avec l'Europe est tout simplement un luxe que les États-Unis ne peuvent plus s'offrir (33). Au terme de son mandat, le président Bush avait lancé un avertissement
malheureusement prémonitoire : "What a tragedy, what an absurdity it would be if future historians attribute the demise of the Western alliance to disputes over beef and wars over pasta(34)." Dans les circonstances actuelles marquées par le vide politique, certains responsables devraient aussi se rappeler le rôle moteur joué par la communauté atlantique dans l'établissement et le maintien de l'ordre économique et politique de l'après-Seconde Guerre mondiale (35). Les crises financières en Asie et en Russie appellent désormais les Occidentaux à élargir le champ de leur action commune. Pour assumer cette responsabilité partagée, il faut un cap et des capitaines. Une Europe sans tête et une Amérique décapitée offrent à l'heure actuelle un spectacle qui n'est guère encourageant. L'Europe et les États-Unis partagent la même communauté d'intérêts et d'idées, entretiennent des relations étroites sans équivalent dans le monde, et revendiquent une identité sinon similaire du moins voisine (36). Tout cela constitue un héritage qu'il serait irresponsable de laisser partir en déshérence.

(1) Le plan Marshall a été un non-événement à Paris alors qu'à l'époque la France fut l'un des principaux pays bénéficiaires de l'aide Marshall. Sur le pessimisme entourant la visite de Clinton à Berlin, voir The Economist, "Expect more discord than accord in future Europe-America summits", 31 mai 1997.

(2) Dans un best-seller un peu oublié aujourd'hui, Clarence Streit fit sensation en 1938 en proposant une fédération atlantique sur le modèle américain : Union Now ; A Proposal for a Federal Union of the Leading Democracies, Harpers, 1938. Il symbolisa le mouvement fédéraliste aux États-Unis. Ce livre fut cependant retenu parmi les plus significatifs de ces dernières décennies par Foreign Affairs lors du 75e anniversaire de la revue en septembre 1997. Walter Lippmann fut le premier à utiliser l'expression "communauté atlantique" dans un ouvrage paru en 1943, U.S. Foreign Policy : Shield of a Republic, où il proposait une alliance entre les États-Unis, l'Empire britannique et les alliés ouest-européens.

(3) Sur ces épisodes, voir John Lamberton Harper, American Visions of Europe : Franklin D. Roosevelt, George F. Kennan and Dean G.

(4) "We have learned that if the free nations do not stand together they will fall one by one", cité par Bundy McGeorge, The Pattern of Responsibility, From the Record of Secretary Acheson, Houghton Mifflin, 1952, p. 62. Appliquée à la construction communautaire, la formule devient : "The US believed that the drive for unity in Western Europe is not only desirable but we believe it is necessary. This is so because every lesson of the past and every prospect for the future argue that the nations of Western Europe can only fulfill their proper role in the world community if increasingly they act together". Cette argumentation ne devait plus quitter le discours officiel américain jusqu'à Clinton.

(5) Sur cette génération, voir Walter Isaacson et Thomas Evan, The Wise Men : Six Friends and the World They Made, Simon & Schuster, 1986, et le classique de Alfred Grosser, Les Occidentaux, Fayard, 1978.

(6) La liste des amitiés américaines de Jean Monnet est trop longue pour être mentionnée ici, elle se répartit équitablement entre démocrates et républicains, politiques, avocats, hommes d'affaires et responsables militaires. Voir Clifford Hackett, Monnet and the Americans : The Father of a United Europe and his US Supporters, Jean Monnet Council, Washington, 1995, et Éric Roussel, Jean Monnet, Fayard, 1996.

(7) Van der Beugel, From Marshall Aid to Atlantic Partnership,Elsevier Publishing Co., 1966, p. 246.

(8) Cité par Geir Lundestad, Empire by Integration : The United States and European Integration, 1945-1997, Oxford University Press, 1998, p.7.

(9) John Foster Dulles menaça les Européens de revoir le soutien américain à la défense de l'Europe si la France ne ratifiait pas la CED. Voir Brian Duchin, "Agonizing Reappraisal : Eisenhower, Dulles and the European Defense Community", Diplomatic History, printemps 1992, vol. 16, n° 2, pp. 201-224, et Richard H. Immerman, John Foster Dulles and the Diplomacy of the Cold War, Princeton University Press, 1990.

(10) Pascaline Winand, Eisenhower, Kennedy and the United States of Europe, St. Martin's Press, 1993. Pour une vue plus critique du soutien américain vis-à-vis de la CEE, voir Frederico Romero, "Interdependence and Integration in American Eyes : From the Marshall Plan to Currency Convertibility", in Alan Milward, The Frontier of National Sovereignty : History and Theory 1945-1992, Routledge, 1993.

(11) Carter fut le premier président américain à visiter la Commission

(13) Voir Christopher Layne, "Continental Divide : Time to Disengage in Europe", The National Interest, automne 1988, n° 13, pp. 13-27 ; John J. Mearsheimer, "Back to the Future : Instability in Europe after the Cold War",International Security, été 1990, vol. 15, n° 1, pp. 5-56 ; et Phil Williams, Paul Hammond et Michael Brenner, "Atlantist Lost, Paradise Regained ? The United States and Western Europe after the Cold War", International Affairs, janvier 1993, vol. 69, n° 1, pp. 1-17.

(14) Pour Anthony Gardner, "The Clinton administration deserves to be judged as the most enthusiastic supporter of European integration since the Kennedy administration", in A. Gardner, A New Era in the US-EU Relations : The Clinton Administration and the New Transatlantic Agenda,Avebury, 1997, p. 6.

(15) Son message était clair  : "Previous American administrations were ambivalent about the development of a distinct European security capability. Today, the United States fully supports efforts to create a strong and effective European Security and Defense Identity. Such an identity is the natural element of European integration", discours du 2 décembre 1993 lors de la rencontre de l'OTAN, in Warren Christopher, In the Stream of History, Shaping Foreign Policy for a New Era, Stanford University Press, 1998, pp. 136 et suiv.

(16) Richard Holbrooke montre l'importance de l'expérience somalienne lorsqu'il s'est agi d'intervenir en Bosnie : "The scars from that disaster in Somalia where eighteen Americans were killed in the streets of Mogadishu would deeply affect our Bosnia policy. Combined with Vietnam, they had left what might be called a ‘Vietmalia syndrome’ in Washington", voir Richard Holbrooke, To End a War, Random House, 1998, p. 217.

(17) Dans son compte rendu sur les négociations de Dayton, Holbrooke est d'une manière générale très critique sur les institutions et la diplomatie européennes. "What troubled us most was the hypocrisy of the European Union in giving a distinguished former Prime Minister, Carl Bildt, such a grandiose title, co-chairman of the conference, then undermining and hamstringing him from the outset, and later blaming us for the friction in the negotiations". Et de demander, comme Kissinger il y a plus de vingt-cinq ans, quel est le numéro de téléphone de l'Europe en cas de crise. Voir Richard Holbrooke, op. cit., p. 242.

(18) Sur la PESC et le cas bosniaque, voir l'excellent James Gow, Triumph of the Lack of Will, Columbia University Press, 1997.

(19) Cette ambivalence n'est pas propre à la présidence Clinton. "There is a tendency to mistake means for ends and to turn the instrument of policy into policy itself. When a crisis breaks out because of a differenceof opinion over ultimate goals, Americans will always try to safeguard the means ; this saves us from having to think through our long-range policy". Voir le meilleur livre sans doute sur la politique étrangère américaine, Stanley Hoffmann, Gulliver's Troubles or The Setting of American Foreign Policy, McGraw-Hill, 1968, pp. 174-175.

(20) Madeleine Albright, en dépit de sa forte personnalité et de son expertise, ne semble pas avoir l'influence requise auprès du Président. Sur plusieurs sujets cruciaux, le Moyen-Orient, le Kosovo, les avis contradictoires de Samuel Berger, conseiller à la sécurité nationale, ou de Robert Rubin, secrétaire au Trésor, l'emportèrent. Pour un récent portrait du secrétaire d'État, voir Steven Erlanger, "Albright, a Bold Voice Abroad, Finds Her Role Limited at Home", New York Timesseptembre 1998.

(21) La plupart des observateurs européens ont noté les errances récentes de la politique américaine. Le Britannique William Wallace constate : "The United States is a superpower with no domestic support for a world role". L'Allemand Karl Kaiser, notant les réticences du Congrès à honorer ses dettes vis-à-vis de l'ONU ou à engager de nouveaux fonds pour le FMI, s'interroge : "How can a country that played such a constructive role in building multilateralism become captive to such thinking ?" Enfin, pour le Français François Heisbourg, "American actions in the world today are a pure reflection of pulsations within American society, not the result of real situations in the outside world. There is an air of fantasy to American foreign policy now". Voir Tyler Marshall, "Is U.S. Pushing Europe Off World Stage ?", Los Angeles Times, 7 juillet 1998.

(22) Ces arguments ne sont pas isolés aux États-Unis. "It is a risky business to try to put Germany into the straitjacket of the EMU. Containing Germany could become a high-stakes game. The time has come not to ask what Germany can do for the Union but to demand from its partners sacrifices in the interest of economic stability and peace in Europe", Heinz A. Kern, "Don't Euro-nize the Union!", in Jeffrey Gedmin (éd.), European Integration and American Interests, What the New Europe Really Means for the United States, AEI Press, Washington, 1997, pp. 24-30. Dans un livre récent, le passage à la monnaie unique est qualifié de "collective nervous breakdown", voir John Newhouse, Europe Adrift, Phanteon Books, 1997.

(23) Dans un article qui malheureusement devient une référence dès que l'on aborde le sujet de l'euro, Martin Feldstein estimait : "Instead of increasing intra-European harmony and global peace, the shift to EMU and the political integration that would follow it, would be more likely to lead to increase conflicts within Europe and between Europe and the United States. The US should therefore emphasize that it wants its relations with the individual nations of Europe to remain as strong as they are today and should not allow Brussels to intervene between Washington and the national capitals of Europe", Martin Feldstein, "EMU and International Conflict", Foreign Affairs, nov./déc. 1997, vol. 76, n° 6, pp. 60-73. Pour Kissinger, "An inward-looking Europe built according to the French model, as opposed to the more outward Atlanticist version favoured by the British, would imperil trans-Atlantic relations and create a dangerous power vacuum. EMU
is leading to the first, not the second", voir Chris Lockwood, "Kissinger in Euro Warning", The Daily Telegraph, 7 mai 1998.

(24) Comme le remarquait un diplomate américain à Bruxelles, "Bland efforts to say nothing leave an impression that the US is uneasy". Gerald Baker, "The EMU Has Landed : US Support Has Turned to Mild
Concern as Europe's Single Currency Has Become Reality", Financial Times, 5 mai 1998.

(25) Comme le soulignait récemment le sous-secrétaire d'État aux affaires économiques Stuart Eizenstat dans un discours à la Johns Hopkins University : "There was great skepticism that the Euro would ever start, then there was skepticism it would start on time, and then skepticism that it would have more than five or six countries. If the skeptics have been so far proven incorrect, nevertheless it would be a mistake for Europe to think that the job is over and that Europe can simply sit back and enjoy the benefits. In order to enjoy these benefits, the EU must address structural reforms, create labor market flexibility and mobility", Federal News Service, 4 mai 1998.

(26) "Introduction of the Euro will eliminate currency differences among the participating countries, but that alone will not create a highly liquid secondary market in securities. The Euro is not likely to provide a shock large enough to dislodge the US treasury bill from its international role. That is why the Euro will not replace the dollar anytime soon". Voir Richard N. Cooper, Key Currencies After the Euro, Weaterhead Center for International Affairs, Harvard University, novembre 1997. Pour d'autres, le transfert de portefeuille vers l'euro sera le facteur crucial pour établir sa valeur de réserve. Voir Fred C. Bergsten, "The Dollar and the Euro", Foreign Affairs, juil./août 1997, vol. 76, n° 4, pp. 83-95.

(27) "Are Americans looking at EMU as a potential threat to US political leadership in the global arena ? The answer is a loud no". Voir Willard Butcher, "Monetary Union : An American Business Perspective", in Jeffrey Gedmin, (éd.), op. cit., pp. 15-20.

(28) "If the governments of the leading market-oriented countries make macroeconomic and exchanges rate decisions in isolation from one another over the next few years, then the new European monetary authorities would justifiably take a dim view of G7 cooperation. Rather than ignoring the issues until the final stage of the integration process, governments on both sides of the Atlantic should confront them before they became serious problems". Voir Randall C. Henning, "Europe's Monetary Union and the United States", Foreign Policy, printemps1996, n° 102, p. 100.

(29) Certains lancent des cris d'alarme sur la réduction des budgets américains consacrés aux relations avec l'Europe. "The America Houses in Munich and Hamburg are now under threat of closure, those in Hanover and Stuttgart were already closed in 1995. US exchange programs with Europe are being cut drastically at all levels. It is of secondary importance to Europeans which party the US president belongs to or whether Republicans or Democrats have the majority in Congress. What does matter is that the emergence of a new generation of politicians further accelerated the dramatic decrease in knowledge about Europe". Werner Weidenfeld, "America and Europe : Is the Break Inevitable ?", The Washington Quarterly, été 1997, vol. 20, n° 3, p. 38.

(30) La première thèse est celle du britannique Tony Judt, A Grand Illusion ? An Essay on Europe, Hill and Wang, 1996. Sa position à la New York University et son statut de collaborateur régulier à la très sérieuse justifient sa mention ici. Quant à la seconde, elle est défendue avec le plus de vigueur par Ash Timothy
Garton, "Europe's Endangered Liberal Order", Foreign Affairs, mars/avril 1998, vol. 77, n° 2, pp. 51-65, et avec plus de nuance par

(31) "The system of Western states constitutes a distinctive political order which is a complex composite of liberal practices and structures, economic openness and a common civic identity. The West has a distinctive and robust political order that predated and survived the Cold War". Voir Daniel Deudney et John G. Ikenberry, Structural Liberalism : The Nature and Sources of Postwar Western Political Order, Browne Center for International Politics Working Paper, mai 1996, p. 32. Une version plus agressive est défendue par Samuel Huntington : "Shared values, institutions, history and culture dictate the continuing close association of the US and Europe. Maintaining the unity of the West is essential to slowing the decline of Western influence in world affairs", mais il oublie que parmi les valeurs fondamentales de "l'Ouest" figurent la tolérance et l'ouverture. Voir Samuel Huntington, "The West : Unique, Not Universal", Foreign Affairs, décembre 1996, vol. 75, n° 6, pp. 28-46.

(32) Pour Franklin Vargo, US Assistant Secretary of Commerce, "No other forum has risen so rapidly to become as effective as the TABD. It has become the single most important channel through which business can influence the bilateral trade and commercial agenda of the US government and the European Commission". Voir Selina Jackson, "The TABD : An Entrepreneurial Force Behind the New Transatlantic Agenda", ECSA Review, automne 1996, vol. 9, n° 3.

(33) Jeffrey Lang, Deputy Trade Representative américain, rappelait que "the sheer extent of transatlantic economic interactions makes it imperative that, no matter what other opportunities we perceive in the world, we must continue to bear in mind that truly vital US economic interests are at stake in our relations with Europe". Cité par Robert D. Blackwill et Kristin Archik, US-European Economic Relations and World Trade. The Asia Crisis : Economic and Political Implications, Council on Foreign Relations Working Paper, avril 1998, p. 2.

(34) Cité par Geir Lundestad,Empire by Integration : The United States and European Integration, 1945-1997, Oxford University Press, 1998, p. 112.

(35) Le sous-secrétaire d'État aux Affaires économiques Stuart Eizenstat constate que "every advance in the world trading system has been the result of a joint US-European agreement and initiatives. When we do agree, we actually make things happen not only between us, but around the world". Voir Gregory Treverton, "An Economic Agenda for the New Era" in David C. Gompert et Stephen F. Larrabee (éd.), America and Europe : A Partnership for a New Era, Cambridge University Press, 1997, p. 77.

(36) "US interests in Europe have created a common Euro-Atlantic space from which disentanglement is no longer possible. The reality of this space does not mean an 'Americanization' of Europe any more than it does the 'Europeanization' of America. Differences between America and Europe are now small compared with the commonality of interests that unite them". Simon Serfaty, Stay the Course : European Unity and Atlantic Solidarity, Praeger, 1997, p. 2.