L'Algérie et la coopération Euro-méditerranéenne

Faisant écho aux propositions de François Périgot, l'article de Rachid et Hakima Ould-Moussa présente le point de vue algérien sur "le dessous" des négociations entre l'Algérie et l'Union européenne dans le cadre de l'accord d'association en vue de l'établissement d'une zone de libre-échange. Après avoir rappelé certaines spécificités algériennes, et l'enjeu important que ce pays représente pour l'approvisionnement énergétique de l'Europe, les auteurs concluent qu'un "accord standard" sur le même modèle que celui signé avec le Maroc et la Tunisie est exclu, parce qu'il signifierait la mort de l'industrie algérienne, actuellement en pleine restructuration, sans lui offrir de véritables nouveaux débouchés. S'ils reconnaissent la nécessité de créer un grand marché intégré au Maghreb, ainsi que les besoins en investissements privés et en transferts de technologie, ils contestent en revanche le point de vue de l’ancien président de l’UNICE sur la question de la dette.

Les années 90 marqueront une ère nouvelle pour l’Algérie. Sa rupture avec l’idéologie socialiste et son engagement dans l’économie de marché la mettent dans une position délicate en matière de développement économique et social. Parmi les événements importants que vit l’Algérie dans ses relations internationales, on notera son adhésion à l’OMC et ses négociations de l’accord d’association avec l’Union européenne (UE). À l’heure actuelle, aucun des deux engagements n’a réellement abouti. L’entrée de l’Algérie sur la scène économique et commerciale mondiale est retardée, voire bloquée, par les intérêts des uns et les besoins des autres. Le débat est plus particulièrement centré sur le futur accord d’association qui liera l’Algérie à l’Europe. Entamées le 4 mars 1997, les négociations d’adhésion sont bloquées au troisième round, et ce malgré de multiples rencontres entre Alger et Bruxelles. La principale interrogation est de savoir si l’Algérie est prête à signer cet accord d’association et, en ce cas, si l’UE est de son côté en mesure d’apporter les moyens nécessaires pour mettre en œuvre le partenariat euro-méditerranéen et respecter ainsi les vœux de la conférence de Barcelone.

L'Europe : un espace incontournable

Aujourd’hui, l’Europe a pris conscience de son interdépendance dans des domaines comme l’économie, l’énergie, l’environnement, les migrations, mais aussi en ce qui concerne sa stabilité et sa sécurité. La stabilitéeuropéenne dépend, désormais, de la stabilité méditerranéenne. Ce qui ne peut pas être assuré sans une coopération de type nouveau entre le Sud et le Nord. En plus d’une volonté de développer le sud de la Méditerranée, l’UE projette de faire du bassin méditerranéen la zone économique la plus vaste au monde, défiant ainsi les zones américaine et asiatique. La conférence de Barcelone a marqué le début d’une ère nouvelle dans les relations entre l’UE et les pays du pourtour de la Méditerranée avec l’instauration du partenariat euro-méditerranéen. La nouvelle politique méditerranéenne est fondée sur le codéveloppement, encourageant ainsi des relations économiques et commerciales plus équilibrées entre les pays industrialisés et les pays "émergents les moins développés". La position géostratégique de la région incite également l’UE à se positionner sur un marché de 600 à 800 millions de consommateurs potentiels en créant un espace économique méditerranéen de 27 pays. Pour atteindre un objectif aussi colossal, l’UE négocie avec chaque partenaire méditerranéen des accords d’association dits de "seconde génération" (après avoir pris conscience des insuffisances de la coopération méditerranéenne durant les vingt ou trente dernières années) pour arriver, en l’an 2010, à une zone de libre-échange avec chacun d’entre eux. De par sa position géographique et les liens étroits (historiques, culturels, commerciaux) qui l’unissent à l’Europe, le Maghreb pourrait être la région se prêtant le mieux à l’expérimentation de la nouvelle politique méditerranéenne. La conclusion d’un accord d’association avec le Maroc et la Tunisie est considérée comme un acquis du partenariat euro-méditerranéen, ce qui pourrait donner un nouvel élan à la coopérationeuro-maghrébine si l’accord ne restait pas au stade de "traité " entre les parties. L’initiative européenne aura au moins eu le mérite d’insérer les relations euro-maghrébines dans une perspective à long terme : la création de zone de libre-échange en 2010. Toutefois, pour des pays maghrébins davantage préoccupés par la remise à niveau de leurs économies et qui, dans leur ensemble, ne constituent pas un pôle économique développé et intégré, il est difficile pour l’instant de considérer ces accords comme vraiment bénéfiques. Comment, en effet, imaginer parvenir à une zone de libre-échange avec une Union européenne détentrice de richesse, de capitaux, de technologies et un Maghreb endetté et confronté aux politiques d’ajustements structurels ? Si l’objectif de la zone de libre-échange est d’accroître les échanges commerciaux, il n’est pas sûr qu’à terme ces échanges soient plus équilibrés. Car l’équilibre dépend de la croissance économique, de l’investissement, du besoin d’importation des biens d’équipement et de nouvelles technologies pour les pays maghrébins. Si l’Europe est "l’espace naturel du déploiement maghrébin", elle doit le prouver en engageant des capitaux, des technologies adaptées, un savoir-faire, des hommes. Bref, elle doit investir. Car un partenariat ou une "association" sans investissement serait contraire à la définition du partenariat euro-méditerranéen, à savoir "intensifier le développement des liens économiques et des courants d’échanges entre les territoires et les partenaires méditerranéens qui vont dans le sens de la réforme et de la restructuration économique (1)". À l’échelle maghrébine, il faut donc que l’UE favorise l’intégration régionale et accroisse les investissements privés. À partir de ces quelques éléments d’ensemble, il est plus aisé de comprendre pourquoi des pays comme l’Algérie n’ont pas encore signé d’accord avec l’Union européenne, d’autant que les enjeux économiques ici sont d’une autre envergure que pour les autres pays maghrébins.

L'Algérie : des négociations semées d'embûches

En effet, l’Algérie, avec ses 1200 kilomètres de front de mer, ses ressources naturelles, son potentiel humain et le poids de son histoire, est un partenaire avec lequel les négociations communautaires ont du mal à s’engager. Pour l’UE, l’Algérie représente un enjeu économique et géostratégique de taille, dont les menaces migratoires, et donc sécuritaires, pèsent lourdement sur les États membres. D’autre part, l’Algérie dispose de ressources naturelles d’une importance telle que l’UE se bat pour préserver ce marché d’une mainmise américaine ou asiatique. L’Algérie est, en effet, le premier fournisseur d’énergie en gaz de l’Europe du Sud. Pour l’Algérie, l’UE reste son premier fournisseur de produits alimentaires et manufacturés, dont elle dépend massivement. Les interdépendances qui existent entre l’Algérie et l’espace économique européen obligent les deux entités à revoir la nature de leurs relations ; des relations malheureusement fondées jusqu’à présent sur un esprit mercantile et financier ! Ce qui ne pouvait perdurer compte tenu du contexte actuel de l’économie mondiale, en général, et de l’économie algérienne, en particulier. L’accord de coopération de 1976 a largement prouvé ses insuffisances tant sur le plan commercial, en créant un déséquilibre chronique, que sur le plan de l’aide financière, où les protocoles financiers n’ont pas été à la hauteur des exigences algériennes. S’y sont ajoutées l’incapacité de l’Algérie à tirer profit des concessions commerciales offertes par cet accord ainsi que la mauvaise gestion des crédits alloués par la Banque européenne d’investissements. L’accord de coopération de 1976 n’a eu aucune incidence positive sur les relations de coopération entre l’Algérie et l’Europe. Hormis, peut-être, les fonds alloués dans le cadre des protocoles financiers, mais qui n’ont représenté qu’une très faible contribution à la réalisation de projets en Algérie. Aujourd’hui, l’UE veut substituer à cet accord de 1976 un accord d’association permettant une coopération accrue englobant les aspects politiques, économiques et sociaux. L’Europe s’est donc fixé comme objectif de relever un certain nombre de défis, à savoir :

• le défi démographique et celui des flux migratoires pour une paix et une stabilité de la région ;

• le défi des échanges commerciaux et leurs rééquilibrages ;

• le défi des ajustements des économies à travers une aide plus réelle aux besoins des pays tiers méditerranéens (PTM). L’Algérie, quant à elle, doit relever le défi de son développement économique et social et trouver les moyens adéquats pour intégrer l’économie mondiale. L’accord d’association, tel qu’il se présente aujourd’hui, constitue-t-il une "porte de secours" pour l’Algérie ? La question reste posée. Une chose, en tout cas, est certaine : l’Algérie ne peut pas se contenter de voir son marché inondé par les produits européens, fût-ce à l’horizon 2010, sans faire valoir ses atouts.

L’atout gaz

Le gaz est aujourd’hui un enjeu géopolitique de taille pour l’UE, dont la demande ne cesse de s’accroître. L’Union européenne, qui représente déjà un "débouché naturel du gaz algérien", est appelée à connaître une forte croissance de sa demande en gaz naturel : de 40% à 60% d’ici à 2010, ce qui amènerait la consommation européenne à une fourchette de 440 à 460 milliards de m3/an. L’Algérie, forte d’un potentiel d’exportation de 75 milliards de m3, pourrait ainsi contribuer de façon importante à la sécurité de l’approvisionnement en gaz de l’Europe. Poursuivant sa progression sur le marché européen, le gaz algérien devrait couvrir près de 36% des besoins de la zone méditerranéenne en l’an 2000 (30% en 1994). Dans une perspective à long terme, le potentiel d’exportation de Sonatrach pourrait atteindre 70 milliards de m3/an. Après le Transmed au début des années 80, la réalisation du gazoduc Maghreb-Europe (GME) est venue consacrer de manière spectaculaire l’ancrage économique du Maghreb à l’UE. D’une longueur totale de 1630 km et d’une capacité de 8 milliards de m3/an, le GME relie Hassi-R’mel, Cordoue (Espagne) et Setubal (Portugal) via le Maroc et le détroit de Gibraltar. Pour l’Algérie, le gazoduc Maghreb euro-méditerranéen est le seul modèle concret de coopération régionale avec l’Europe pour lequel les notions de "codéveloppement", d’"association" et de "partenariat" ont été mises en pratique et ne sont pas restées au stade de texte.

La proximité géographique : un avantage concurrentiel naturel

"La proximité d’économie en croissance, offrant des complémentarités dans des marchés en expansion, peut procurer un avantage surtout pour les produits dont la compétitivité est très sensible aux coûts des transports (2)." C’est le cas du gaz naturel pour lequel les coûts de transport sont très élevés. À cause de sa proximité, le marché européen est le moins coûteux pour l’Algérie. Pour l’UE, l’atout géographique de l’Algérie est incontestable en matière d’approvisionnement énergétique et, surtout, en matière d’équilibre géostratégique avec un Sud méditerranéen qu’elle a longtemps délaissé au profit des PECO. Les relations euro-maghrébines sont empreintes d’un mélange d’interdépendance énergétique et de liens de proximité qui conduisent à la constitution d’ensembles économiques régionaux aptes à dégager des solutions opérationnelles. L’Europe est l’espace privilégié de coopération et de partenariat pour l’Algérie. Mais encore faut-il que cette dernière sache défendre ses intérêts et faire valoir ses atouts ! Des atouts qui ne sont pas ceux de la Tunisie ou du Maroc, et qui ne peuvent donc pas faire l’objet d’un accord d’association "standard". En plus de l’énergie et des hydrocarbures, l’Algérie est dotée d’une infrastructure industrielle importante qui a besoin d’être rénovée pour atteindre des niveaux maximaux de production (actuellement, l’industrie algérienne tourne à moins de 50% de ses capacités). Et c’est là qu’intervient le partenariat avec tout ce qu’il sous-entend comme flux de technologie, de perfectionnement du personnel pour une meilleure productivité. L’émergence d’un secteur privé, de plus en plus organisé, peut constituer un facteur de développement s’il est orienté vers la production, l’innovation et la créativité. L’Algérie dispose d’un tissu industriel apte à attirer l’investissement européen. Elle dispose également :

• de ressources humaines avec des compétences certaines, mais qui doivent s’ouvrir à la culture universelle du management et de la technologie ;

• d’une agriculture potentiellement productive, qui nécessite l’augmentation de la production à travers l’accroissement des surfaces irriguées, la réduction des jachères et la mise en valeur de l’agriculture saharienne.

Tous ces facteurs d’interdépendances entre l’UE et l’Algérie doivent orienter les futurs accords d’association en fonction des intérêts de l’Algérie, et non pour perpétuer les accords de 1976 qui ont fait de l’Algérie un simple réceptacle des produits européens. À partir de ces antécédents, l’Algérie tente aujourd’hui d’adapter sa stratégie de négociation de manière à tirer le meilleur profit possible de l’accord, tout en sachant que son impact sera lourd de conséquences pour son économie.

Les incidences de l’accord d’association sur l’économie algérienne

L’Algérie est actuellement prise dans l’engrenage des réformes de libéralisation de son commerce extérieur et de son intégration à l’économie mondiale. En plus de tous les défis internes qu’elle doit relever pour remettre à niveau son économie, elle s’est engagée dans des négociations avec l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et l’Union européenne. Bien que nous n’ayons pas assez de recul par rapport à tous ces événements, il est légitime de se demander quelles seront les incidences de l’accord d’association sur l’économie algérienne en général et, plus précisément, sur l’avenir de nos entreprises. L’accord d’association entre l’Algérie et l’Union européenne n’est pas une fin en soi, l’objectif essentiel étant l’instauration d’une zone de libre-échange.

L’impact de la zone de libre-échange

Théoriquement, la création d’une zone de libre-échange vise à faciliter la circulation des biens et des capitaux, à élargir les marchés et à promouvoir l’amélioration de la productivité et de la qualité. Cela suppose qu’il n’y ait pas d’entraves à l’ouverture des marchés, que les pays tiers méditerranéens (PTM) soient en mesure de supporter les coûts de la déprotection de l’ajustement et de profiter pleinement de l’ouverture économique régionale. Or, il n’y a aucune certitude que toutes ces conditions puissent être réunies dans un délai raisonnable. C’est bien là la principale zone d’ombre du partenariat proposé aux PTM par l’Union européenne : les pertes de cette zone de libre-échange sont immédiates mais le gain est différé et conditionnel. La création d’une zone de libre-échange met l’Algérie dans une position délicate. Se pose, en effet, le problème de la mise à niveau de l’économie algérienne, qui ne peut pas se permettre d’emblée d’ouvrir son marché ou de lever les barrières protectionnistes sans graves préjudices pour ses industries en pleine restructuration.

1 - Les risques du démantèlement tarifaire sur l'industrie nationale

Le démantèlement tarifaire consiste à abaisser nos barrières douanières en contrepartie de l’accession, à ces mêmes conditions, aux marchés de nos partenaires. Les propositions européennes visent à réduire à 40% le niveau des taxes et autres tarifs douaniers. Une réduction qui, encore une fois, ne profitera pas à l’Algérie mais risque d’avoir des conséquences dangereuses pour son économie et ses entreprises. En effet, même si l’UE ouvrait à 100% son marché, le risque que les produits algériens viennent l’inonder est minime. L’accord de 1976 a largement prouvé l’incapacité de l’Algérie à profiter des concessions commerciales que lui octroyait l’UE. De plus, le problème n’est pas tant l’accès des produits agricoles ou industriels algériens sur les marchés européens mais plutôt d’arriver à établir une corrélation entre la mise en place de la zone de libre-échange et le développement local. Éliminer les barrières douanières, c’est à coup sûr préparer la destruction de l’appareil industriel national. Là réside l’un des principaux points de désaccord dans les négociations actuelles : comment réconcilier le rythmedu démantèlement tarifaire avec celui de la modernisation, de la réhabilitation et du développement du tissu industriel national ? La délégation algérienne chargée des négociations a insisté, au cours des derniers rounds, sur le fait que nous ne pouvions pas nous engager sur un démantèlement tarifaire tant que nous n’aurions pas une idée plus précise sur la contribution de l’UE au programme national de mise à niveau. L’Algérie revendique, dans ce contexte, une contrepartie qui prendrait la forme d’un soutien communautaire pour la restructuration de son industrie. Ainsi a-t-il été demandé à l’Europe un accord financier sur la technologie ainsi qu’un partenariat plus "conséquent" et plus "engagé" devant permettre à l’Algérie d’être au rendez-vous de 2010, date de la mise en place de la zone de libre-échange. Actuellement en pleine restructuration, donc en période de transition, l’appareil industriel algérien a surtout besoin d’un apport en argent frais et de transferts de technologie pour assurer la réussite des réformes et, partant, de la relance économique. Le pire choix serait de supprimer immédiatement les droits de douane, ce qui reviendrait à offrir — sans contrepartie — aux entreprises européennes des pans entiers du marché algérien — notamment, les produits pharmaceutiques, l’agro-alimentaire, les textiles et l’habillement — et, donc, à compromettre les efforts déjà consentis dans ces secteurs. Par ailleurs, l’ouverture immédiate et sans conditions des frontières algériennes aux produits industriels européens creuserait davantage l’écart de la balance commerciale.

2 - Les risques du démantèlement tarifaire sur les échanges commerciaux

Si l’Algérie a connu depuis l’accord de 1976 un déficit commercial important — alors même qu’elle n’était pas dans l’obligation de concéder à l’Union européennedes avantages réciproques —, qu’en sera-t-il de notre balance commerciale avec le nouvel accord ? L’instauration de la zone de libre-échange risque, en effet, d’aggraver le déséquilibre de la structure des échanges commerciaux algéro-européens, actuellement à l’avantage des Quinze. Selon le secrétaire d’État à la Coopération et aux Affaires maghrébines, M. Lahcène Moussaoui, "la création de la zone de libre-échange entraînera des pertes en droits d’entrée (douaniers) de l’ordre de 1,2 milliard de dollars par an alors que le programme MEDA prévoit une contrepartie de 250 millions de dollars sur trois années, soit une compensation de 8% des pertes induites par la libre circulation des marchandises". Cette baisse des droits de douane frappant les biens et les services en provenance des pays de l’UE induira, de facto, des pertes en termes de rentrées fiscales. Aussi le secrétaire d’État a-t-il souligné que l’Algérie attendait en retour de ses partenaires européens une participation effective à la rénovation de son parc industriel, à travers, notamment, des transferts de technologie ainsi que des investissements à même de relever son niveau de compétitivité, ce qui permettrait de suppléer aux importations et de dégager un surplus à l’exportation. Les flux d’échanges commerciaux entre l’Algérie et l’UE sont actuellement très déséquilibrés : 5 à 6 milliards de dollars au profit de l’UE contre à peine 270 millions de dollars pour la partie algérienne. Il faut donc que l’Algérie veille à ce que la structure de ses échanges avec l’UE soit remaniée en sa faveur. Elle doit rattraper son retard par la mise à niveau de son appareil de production et grâce au concours (financier) européen aux fins de développer l’offre et, donc, les exportations hors hydrocarbures. Dans les négociations, l’Algérie a demandé que soient mis en place les instruments nécessaires pour promouvoir les exportations de ses produits manufacturés sur les marchés européens. Exportant actuellement pour quelque 500 millions de dollars hors hydrocarbures, l’Algérie veut diversifier et accroître ses ventes à l’étranger pour atteindre 2 milliards de dollars à l’horizon 2000. Sur ce point, les Européens ont admis une aide à la promotion de nos exportations. Une aide qui, bien évidemment, doit sortir de la logique d’assistance en mettant en place une véritable politique de codéveloppement et de partenariat, à savoir :

• fournir un apport de capitaux extérieurs car il s’agira de moderniser l’appareil de production existant, d’investir dans d’autres secteurs porteurs d’offres compétitives, de faire face à la baisse des recettes fiscales consécutive au démantèlement douanier ;

• aider l’Algérie à rendre attractif l’espace économique par une politique d’accompagnement concernant à la fois la formation de la main-d’œuvre, les infrastructures institutionnelles, administratives, de communication et de transport ;

• prévoir des mécanismes permettant à l’Algérie de promouvoir les activités porteuses. Au chapitre de la coopération économique, la promotion des investissements directs et du partenariat doit soutenir le programme de privatisation des entreprises publiques et le renforcement du secteur privé. Au chapitre de la coopération financière, la question de la dette et de sa reconversion en prises de participation dans le cadre de la restructuration de l’appareil de production est un autre point d’achoppement avec l’UE. Le partenariat euro- méditerranéen raterait son objectif, s’il se limitait à faire une injection de capitaux (via les ressources propres de la BEI) trop insuffisante pour représenter un véritable "plan Marshall financier". Ces sommes d’argent n’auraient qu’un impact très limité en dehors d’une politique audacieuse sur le front de l’endettement. Si la locomotive européenne a réellement le souci de tirer le wagon méditerranéen, il est impératif de réaménager la dette des PTM et d’en annuler au moins la part qui est d’origine multilatérale ou garantie par les pays de l’UE.

L’avenir des échanges

Nous avons dit précédemment combien les relations commerciales entre l’Algérie et l’UE étaient déséquilibrées. Il est donc crucial de prendre en compte quelques éléments de perspective pour envisager l’évolution, à moyen et à long terme, de nos relations commerciales.

1 - Le souci majeur de l’Algérie est de parvenir à un équilibre juste et durable de ses échanges commerciaux avec l’UE. La qualité de ces échanges devra être réaffirmée dans le nouvel accord d’association.

2 - La coopération économique avec l’Union européenne a toujours occupé une place privilégiée dans notre commerce extérieur, et ce depuis l’indépendancede l’Algérie. Les pays composant l’UE ont constitué de façon permanente, en tant que groupe économique, le premier partenaire de l’Algérie. La qualité des échanges commerciaux avec les partenaires européens ne s’est jamais démentie. Ces partenaires sont les fournisseurs privilégiés de l’Algérie, avec deux tiers des importations.

3 - L’Algérie est aussi un des partenaires les plus sérieux pour l’UE. L’Algérie s’est impliquée en profondeur et sur le très long terme dans des projets qui participent à la sécurité des approvisionnements en énergie de l’UE. À ce sujet, l’Algérie n’a pas hésité à s’engager dans des investissements de très grande envergure et à en assumer le coût malgré les risques encourus, aussi bien financiers que politiques.

4 - Le développement de nouveaux secteurs à l’exportation, comme alternative au secteur traditionnel des hydrocarbures, sera un élément fondamental de la politique commerciale algérienne des vingt prochaines années. En s’appuyant sur une gamme de produits plus diversifiés, il s’agit de corriger l’excessive fragilité des taux de croissance, trop souvent remis en cause par les fluctuations cycliques des prix sur les marchés internationaux des hydrocarbures. Le développement de nouveaux secteurs d’exportation se présente comme un des grands problèmes à résoudre pour pouvoir garantir une croissance significative et durable de nos échanges commerciaux et, partant, pour garantir un développement économique harmonieux sur le moyen et le long terme. Aussi est-il indispensable que les partenaires européens de l’Algérie non seulement participent à cette croissance mais l’encouragent et la soutiennent. C’est là que réside aujourd’hui, pour l’Algérie, la signification majeure des négociations en cours en vue d’un accord d’association : mettre en place un nouveau cadre d’organisation de ses relations commerciales de concert avec ses partenaires européens.

Le "risque" Algérie

Au terme de cette analyse sur l’avenir des relations algéro-européennes, nous retiendrons qu’il a fallu attendre plus de trente ans pour que l’Europe prenne conscience du fait que le bassin méditerranéen lui était intimement lié ; et qu’il fallait jeter les bases d’un nouveau champ de coopération allant au-delà des simples échanges commerciaux, coopération dont les fondements seront le "partenariat" et le "codéveloppement". Aujourd’hui, l’Algérie ne saurait intégrer la zone de libre-échange sans payer le prix de son retard économique. Il est peu probable que cette zone de libre-échange puisse apporter des gains nets à un pays qui ne parvient pas encore à assurer son autosuffisance alimentaire, à équilibrer sa balance commerciale ou à diversifier ses exportations hors hydrocarbures. Certes, la zone de libre-échange présente un certain nombre d’avantages, parmi lesquels :

• une amélioration de la compétitivité générée par la déprotection,

• une baisse des prix des biens importés,

• une diversification des importations,

• un captage des capitaux extérieurs,

• une promotion des échanges Algérie/Union euro-péenne,

• voire mieux, des échanges Sud-Sud stimulés par l’ouverture du marché et l’abaissement des barrières douanières.

Cependant, cela est insuffisant par rapport aux immenses besoins des pays concernés. Le partenariat euro-méditerranéen doit aider les PTM, et l’Algérie en particulier, à prendre en charge leurs problèmes de structure, qui sont profonds. Or, au stade actuel des négociations entre l’Algérie et l’UE, toutes les questions touchant à nos besoins réels sont "mises à l’étude". Le cas des produits agricoles en est l’exemple parfait, ou encore le projet de fonds de garantie des investissements. Dès qu’il s’agit de secteurs touchant à la politique agricole commune, on se montre intransigeant à Bruxelles. Chaque jour, l’Algérie est montrée du doigt à cause des aspects sécuritaires, du respect des droits de l’homme et du danger qu’elle représenterait pour l’Europe. Mais si, d’un côté, l’Union européenne s’inquiète de voir les flux migratoires s’accentuer et mettre en péril les populations de ses États membres, de l’autre, elle ne fait guère d’efforts pour que les PTM se développent et stabilisent ainsi leur population. Il faut être réaliste : si on veut parvenir à instaurer le plus grand espace économique intégré au monde, il est impératif de se donner les moyens de ses ambitions ! Pour finir, signalons qu’il est de plus en plus ardu pour l’Algérie de s’engager contractuellement avec des institutions européennes dont les organismes d’assurance continuent à plafonner très haut le risque pays en ce qui la concerne.

(1) Règlement communautaire n° 1488/86 du Conseil du 23 juillet 1996 relatif à des mesures d'accompagnement financières et techniques (MEDA) et à la réforme des structures économiques et sociales dans le cadre du partenariat euro-méditerranéen.

(2) Règlement communautaire n° 1488/86 du Conseil du 23 juillet 1996 relatif à des mesures d'accompagnement financières et techniques (MEDA) et à la réforme des structures économiques et sociales dans le cadre du partenariat euro-méditerranéen.